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À quoi il faut s’attendre

Les éleveurs ne passeront pas à côté du débat sur le bien-être animal. Si l’association L214 est sur le devant de la scène, les welfaristes, plus discrets­, travaillent avec les industriels laitiers. Ils plébiscitent le pâturage.

Le nombre d’associations de défense animale ne cesse d’augmenter en France depuis 2010. Deux catégories s’affairent. Les welfaristes veulent améliorer le bien-être des animaux quand les abolitionnistes réclament la fin de toutes les exploitations d’animaux, donc de tous les élevages, bio ou pas, petits ou grands.
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Le nombre d’associations de défense animale ne cesse d’augmenter en France depuis 2010. Deux catégories s’affairent. Les welfaristes veulent améliorer le bien-être des animaux quand les abolitionnistes réclament la fin de toutes les exploitations d’animaux, donc de tous les élevages, bio ou pas, petits ou grands.

Les associations abolitionnistes sont les plus visibles dans les médias avec leurs vidéos, aux manifestations contre les abattoirs, les boucheries et autres fromageries. L’association L214, qui s’est rendue célèbre grâce à sa quarantaine de vidéos, emporte la palme. Elle compte plus de 32 000 adhérents et reçoit chaque année davantage de dons et de legs (2 millions d’euros en 2017). Pour sa cofondatrice, Brigitte Gothière, « l’intérêt à vivre des animaux est supérieur à celui des humains de manger de la viande ». Elle prône donc la fin de l’abattage et de l’élevage. Son association emploie une soixantaine de salariés, des webmasters pour l’essentiel, agiles sur les réseaux sociaux. Cette force de frappe est jeune et redoutablement efficace. Elle a créé une dizaine de sites sur internet qui se partagent entre dénonciation de l’abattage et promotion des régimes végans. L214 a publié en quelques années des dizaines de vidéos commentées par des personnalités toujours plus célèbres (Stéphane Bern, Sophie Marceau…).

Des pancartes « propriété privée » contre d’éventuelles intrusions

La dernière opération en date : des images insoutenables filmées à la fin de cet été dans un abattoir de l’Indre et diffusées début novembre. Conséquence immédiate : le discrédit jeté sur tous les abattoirs et les services vétérinaires. Deux plaintes ont été déposées, comme à chaque scandale, l’une par l’abattoir pour intrusion et captation d’images dans un lieu privé, l’autre par l’association L214 pour maltraitance animale et acte de cruauté.

Les éleveurs laitiers ne sont malheureusement pas à l’abri de ces intrusions. La première chose à faire est de poser des pancartes « propriété privée », qui ne les empêcheront pas, mais permettront d’argumenter plus facilement pour un recours juridique.

Faire du prosélytisme pour le mode de vie végan afin de lutter contre la souffrance animale et d’arrêter tout élevage, comme le fait L214, semble inefficace pour d’autres associations abolitionnistes et antispécistes. Ces dernières, qui recrutent moins mais des profils plus extrémistes, revendiquent des méthodes radicales. La plus virulente, l’association lyonnaise 269 Libération animale, appelle à l’action directe et à la désobéissance civile. Elle s’illustre dans le blocage d’abattoirs, la libération d’animaux destinés à la boucherie, l’occupation de sièges sociaux d’abatteurs, l’instauration des « nuits debout » tous les 26 septembre devant les abattoirs.

Le recours à la violencepar les extrémistes

De son côté, l’association 269 Life France, de Strasbourg, est à l’origine de la « journée du sang versé » qui a eu lieu début novembre dans les centres-villes devant les boucheries. Enfin, si l’incendie de l’abattoir de l’Ain, en septembre, et les caillassages d’artisans, cet été, ne sont revendiqués par aucune de ces associations, elles ne les condamnent pas non plus, au nom d’un « compréhensible sentiment de révolte ». On le voit : impossible de discuter avec ces associations pour lesquelles les éleveurs devraient simplement changer de métier.

Mais il y a aussi les welfaristes qui agissent plus discrètement mais efficacement avec les filières animales. La plus ancienne, l’OABA (Œuvre d’assistance aux bêtes d’abattoir) concentre son activité sur les abattoirs et les animaux d’élevage maltraités. Elle est apparue dans les années 1960 et a imposé, à cette époque, les premiers matadors venus d’Angleterre pour étourdir les animaux.

Autres associations qui vont intéresser plus directement les éleveurs : Welfarm et CIWF. Elles œuvrent pour proposer leur vision du bien-être dans les élevages.

Welfarm a été créée à Metz (Moselle), en 1994, par Ghislain Zuccolo et Charles Notin. Quant à CIWF France, elle est issue de CIWF (Compassion in World Farming), un organisme international créé en 1967 par un éleveur anglais qui s’inquiétait de la multiplication des élevages intensifs.

Toutes ces associations emploient des vétérinaires, agronomes, éthologues ou juristes plus que des webmasters. Elles se disent contre l’élevage industriel.

Dans les cartons des associations, la vache laitière

CIWF et Welfarm luttent en priorité contre les cages. Elles concentrent leurs actions sur les élevages de porcs, de volailles et de lapins. Mais elles se sont penchées aussi sur le cas des vaches laitières pour lesquelles il n’existe pas de réglementation spécifique européenne sur le bien-être animal – à l’inverse des veaux. Nonobstant ce manque, ces deux associations ont élaboré des outils d’analyse sur le bien-être des vaches laitières en s’appuyant sur les travaux scientifiques et techniques existants. Les fiches détaillées de CIWF sont d’ailleurs disponibles sur son site agrociwf.fr.

Ces welfaristes sont de plus en plus sollicités pour donner des conseils au sein de la filière laitière ou auprès des distributeurs tels que Casino, Monoprix ou Elior (groupe de restauration hors foyer). CIWF se concentre sur les grandes entreprises de l’agroalimentaire pour donner un maximum d’efficacité à ses conseils. Elle travaille avec Sodiaal, Lactalis, Laiterie Saint-Denis-de- L’Hôtel (p.13) ou encore Danone. Ce dernier veut évaluer 15 % de son volume français d’ici à la fin 2018 à partir d’une grille de 46 critères qu’il a élaborée avec CIWF en Espagne. Il s’agit, pour ces entreprises, d’anticiper les futures exigences de la société. Le Cniel, lui, mène une réflexion sur une grille d’évaluation du bien-être (ci-contre) qui devrait aboutir à la fin de cette année 2018.

Le pâturage arrive en tête des attentes

Pour Welfarm comme pour CIWF (voir interview), l’accès au pâturage est le premier enjeu. Les trophées Vaches d’Or, attribués par CIWF International, ont été décernés cette année en France aux laiteries Saint-Père et Saint-Denis-de-l’Hôtel (pour la marque C’est qui le patron ? !) récompensant, entre autres, l’accès obligatoire au pâturage pour les vaches laitières.

De son côté, Ghislain Zuccolo, de Welfarm, s’alarme : « Les robots de traite et l’agrandissement des troupeaux ne doivent pas entraîner une dégradation de ce critère. L’idéal serait de 210 jours, mais il faudrait au moins 180 jours. Nous savons que ce n’est pas évident partout, en particulier en montagne. Mais c’est un atout de la France (92 % des vaches pâturent) à maintenir. Il s’agit de recommandations et non d’exigences. Nous ne sommes pas un organisme certificateur. Nous accompagnons la rédaction des cahiers des charges. Nous avons été sollicités aussi lors de l’élaboration de certains plans de filière. » À noter que, dans les mentions sur le bien-être animal qui se multiplient au sein des cahiers des charges des entreprises laitières et de la grande distribution, l’accès au pâturage arrive en tête. C’est le cas de la marque C’est qui le patron ? !

Dit autrement, les éleveurs souhaitant supprimer le pâturage pour simplifier la conduite du troupeau doivent se laisser la possibilité d’y revenir.

Les autres attentes que les deux ONG welfaristes ont en commun ne bouleversent pas fondamentalement les élevages. Elles portent une attention aux sols non glissants, aux logettes confortables, aux aires paillées ou couvertes de matériaux manipulables par l’animal.

Les logettes ne sont pas montrées du doigt

Les tapis, en revanche, n’ont guère leur faveur. Encore une fois, il ne s’agit pas d’interdits, mais de vives recommandations donnant des pistes pour le futur.

Le seul bouleversement majeur pourrait concerner les stabulations entravées. Pour l’instant, dans leurs documents, il n’est pas fait référence à l’insémination artificielle ou encore à la séparation mère et veau, stigmatisées par les associations abolitionnistes.

Selon Lucille Bellegarde, de CIWF France, « ce n’est pas l’insémination artificielle en soi mais la longévité des vaches dans le troupeau qui est un point à travailler. Si une vache ne prend pas à l’IA, ses problèmes de fertilité peuvent en révéler d’autres présents dans l’élevage : boiteries, alimentation, mauvaise détection des chaleurs. » Elle reconnaît que « la séparation de la vache et du veau est une étape très stressante pour les animaux, mais aujourd’hui inévitable. CIWF France encourage les initiatives comme celle d’Ethical Dairy(1), au Royaume-Uni, qui a développé des systèmes d’élevage qui ne réclament pas de séparer la vache et le veau. »

Y penser dans ses prochains investissements

Ghislain Zuccolo poursuit : « Nous travaillons actuellement avec la coopérative La Prospérité fermière sur toutes ces questions. Une centaine de ses producteurs laitiers sont déjà dans une démarche sur l’environnement, avec WWF. L’acceptation d’un regard extérieur sur les élevages devient la règle. » Avant de conclure : « La Commission européenne est peu soucieuse d’élaborer de nouveaux règlements. Mais la prochaine mandature pourrait pousser dans ce sens. Les eurodéputés se montrent de plus en plus sensibles aux arguments des défenseurs des causes animales. » Mieux vaut donc être attentif à ces exigences lorsque l’on investit afin de ne pas se retrouver piégé, comme le furent les aviculteurs qui ont mis aux normes leurs cages en 2012, cages aujourd’hui décriées. Ils respectent la législation, mais les GMS bientôt ne voudront plus de leurs œufs.

Certains élus nationaux poussent aussi vigoureusement à l’élaboration d’une loi sur la condition animale. Nicolas Hulot en avait parlé. Quatre-vingt-cinq députés de tous bords ont signé une pétition dans ce sens en septembre, à l’initiative du député Loïc Dombreval, vétérinaire et président du groupe d’étude « condition animale » de l’Assemblée. Et les scandales à répétition provoqués par les vidéos, même illégales, de L214 apportent de l’eau à leur moulin.

Marie-Gabrielle Miossec

Lire aussi le hors-série de La France Agricole : Réponses à ceux qui veulent abolir l’élevage

(1) vidéo sur www.theethicaldairy.co.uk

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