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Le « bien-être animal » devient central dans les exploitations

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© Watier

Lors des rencontres « Bien-être animal » de Strasbourg, chercheurs, conseillers et agriculteurs ont montré que cette préoccupation devient une composante majeure dans la conduite de tous les élevages, et dans les rénovations ou construction des bâtiments. Les programmes d’évaluation dans les exploitations se multiplient.

Créé en 2009 le RMT (1) « Bien-être animal » atteint aujourd’hui sa maturité. Les rencontres de Rennes en 2017 montraient que les industries agroalimentaires prennent très au sérieux la demande de bien-être animal manifestée par la société. Les rencontres de Strasbourg, qui se sont tenues les 1er et 2 juillet 2019, soulignent que les agriculteurs disposent d’outils pour évaluer pré...
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Créé en 2009 le RMT (1) « Bien-être animal » atteint aujourd’hui sa maturité. Les rencontres de Rennes en 2017 montraient que les industries agroalimentaires prennent très au sérieux la demande de bien-être animal manifestée par la société. Les rencontres de Strasbourg, qui se sont tenues les 1er et 2 juillet 2019, soulignent que les agriculteurs disposent d’outils pour évaluer précisément l’observation des cinq critères de BEA chez eux : absence de faim ou de soif ; absence d’inconfort ; de douleurs ou maladie ; de peur ; et possibilité d’exprimer les comportements de l’espèce.

Des grilles d’évaluation en élevage

Les outils d’évaluation mis au point sont souvent inspirés par le protocole scientifique européen « Welfare Quality ». À l’image du programme Boviwell utilisé par des techniciens de coopératives qui délivrent quatre classes de score allant de « non classé », à « progression » puis « supérieur » et enfin, « excellent ». Les axes de progrès repérés dans les premiers élevages testés sont l’abreuvement, les pratiques d’écornage, la propreté des membres arrière chez les bovins. D’autres programmes proposent d’espionner les comportements des animaux grâce à l’arrivée de capteurs et (ou de caméras Time laps) pour déceler des attitudes révélatrices de souffrance ou de dysfonctionnement : station debout, couché, attitude au pâturage, couchage dans les logettes, accès à l’eau….

Les techniques évoluent

Les techniques de tous les types d’élevage sont interrogées à l’aune de cette exigence : l’expérience « truies libres en maternité » débutée en 2000 dans la défiance généralisée, attire davantage d’éleveurs mais aussi d’équipementiers. Les apports de fourrage grossier aux porcs sont testés, tout comme l’enrichissement du milieu pour limiter le picage chez la poule pondeuse avec une attention particulière à porter sur les poulettes. Une expérimentation sur de nouvelles cages de lapins a démarré, avec encore des ratés. Certaines normes sur les logettes, concernant les séparations entre logettes et les cornadis en particulier sont aussi à revoir.

Les abattoirs n’échappent pas à l’attention : édition de guides pratiques par Interbev, formation d’auditeurs d’abattoir par l’OABA (2) qui a établi des grilles d’audit après avoir visité 25 abattoirs, accompagnement pour la conception et la rénovation d’abattoir (Idele : www.bouvinnov.fr).

La formation s’y met

La formation initiale et continue s’y est mise aussi. En témoigne la création d’un Q-Sort mis au point par la DGER (direction générale de l’enseignement et de la recherche) et le lycée de Fayl Billot (Moselle). Cette technique permet aux élèves et enseignants de se situer par rapport à une série d’opinions relatives à ce domaine : il instaure une discussion entre élèves après un travail sur 15 items qui alimentent la controverse actuelle. Par exemple : « boire du lait, c’est faire souffrir un animal puisqu’il est séparé de son veau ».

Les vétérinaires ont aussi engagé un programme de formation autour de ce thème qui les préoccupe. Des cabinets privés d’éthologues proposent aussi d’animer des concertations entre éleveurs, interprofession et ONG welfaristes.

La parole des éleveurs

Et les éleveurs dans tout cela ? Les éleveurs présents sont passés d’une position défensive à une position offensive. À l’image des deux films du vétérinaire Thierry Hétreau qui après le film « Même pas mal », propose des portraits d’éleveur dans un second opus « Même pas peur ». À l’image aussi de ceux qui témoignaient positivement sur l’utilisation des grilles de score qui leur ont permis d’avoir une mesure rigoureuse du bien-être de leurs animaux. Au-delà de ces grilles, Amélie Azam, éleveuse dans la Creuse, soulignait qu’elle est attentive depuis son installation à ce sujet et sans attendre normes ou injonction : depuis 2002, ses veaux de boucherie n’ont plus de muselière, vivent en box paillé.

Stéphane Galais, maraîcher et éleveur, regrettait de son côté que l’animal soit parfois devenu une « chose » : « Il est essentiel de prendre en compte l’intérêt de l’animal grâce à l’observation. » Henry Ragon dont le lait est soumis à un cahier de charges qui comporte des exigences précises en matière de BEA, préside l’association des producteurs de lait du bassin Centre : « Nous sommes pour ces démarches de bien-être. Mais elles doivent être inclusives. Et rémunératrices. Car beaucoup d’éleveurs souffrent déjà économiquement. »

Martial Marguet, éleveur de montbéliardes et président de l’Idele (3), s’interroge sur les systèmes de Scoring qui reposent sur des notations : « Les éleveurs ne veulent pas être dans la sanction mais dans la reconnaissance positive de l’évolution de leur métier. Nous nous adaptons en permanence. Les cahiers des charges doivent être des cahiers des chances, avec une vraie maîtrise collective de la filière. Nous ne voulons pas être dessaisis de ce qui est notre sujet. »

En témoigne le débat qui s’est poursuivi lors du colloque autour des vaches à l’attache : bientôt interdite en bio, cette pratique est condamnable pour les associations welfaristes et certains chercheurs. Mais elle a aussi ses défenseurs qui au-delà des apparences estiment qu’elle assure la présence de bovins en montagne dans des stabulations de plus petite taille, sans paillage excessif, avec un recours à des pâturages permanents et un lien fort entre éleveur et animal.

Un seul bien-être

Enfin, la préoccupation des éleveurs de voir respecter aussi le bien-être des hommes et des femmes qui travaillent sur les exploitations, dans les filières et les abattoirs, va intégrer le prochain programme du RMT « bien-être animal ». Selon Luc Mirabito (Idele), l’un des coordonnateurs de ce réseau, le RMT « Bien-être animal » pourrait devenir le RMT « one welfare », c’est-à-dire « un seul bien-être ». Il intégrerait ainsi le bien-être animal, l’impact sur les conditions de travail d’éleveurs et sur les démarches environnementales.

Exigence et méconnaissance

Dans les études présentées lors de ce colloque, les attentes des consommateurs ont été aussi évaluées. Selon une enquête, réalisée par l’institut de l’Élevage auprès de 1 000 Français, le prix, la date limite de consommation et l’origine du produit restent les premiers critères d’achat. Mais 52 % sont insatisfaits de la prise en compte du bien-être animal et 85 % souhaitent davantage d’informations à ce sujet. S’il fallait établir un label, l’accès à l’extérieur (52 %) pour les animaux, l’interdiction de la contention (38 %) et une juste rémunération seraient les critères essentiels. Les deux tiers pourraient accepter de payer plus cher. Sont motivées surtout les femmes et les plus de 50 ans.

Le CNA (conseil national de l’alimentation) travaille sur l’étiquetage des modes d’élevage à l’image de ce que qui existe pour les œufs. 62 % des consommateurs selon une étude du CNA connaissent ces marquages. Mais 50 % des répondants se trompent sur la signification des codes (18 % inversent la signification des codes qui va de cage à bio). Pas facile donc d’élaborer l’étiquette idéale.

Marie-Gabrielle Miossec

(1) RMT : Réseau mixte technologique qui réunit instituts de recherche, instituts techniques, écoles, chambres d’agriculture, agences nationales, interprofessions qui travaillent sur ce sujet.

(2) Oaba : Œuvre d’assistance aux bêtes d’abattoir.

(3) Idele : Institut de l’élevage.

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