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« Pour le climat, mieux vaut limiter la voiture que la viande ! »

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Jean-Louis Peyraud a effectué l’essentiel de sa carrière à L’Inra, en travaillant d’abord sur l’alimentation de la vache laitière puis sur les relations entre l’élevage laitier et l’environnement. Aujourd’hui directeur de recherche, il est mondialement connu pour ses travaux sur le pâturage. © Bertrand Nicolas-Inra

Le réchauffement climatique est dû d’abord au déstockage du carbone fossile. Si la part de l’élevage n’est pas négligeable, les efforts déjà réalisés permettent de la réduire. Il est cependant possible d’aller plus loin.

D’où viennent les gaz à effet de serre (GES), et comment évoluent les émissions ?
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D’où viennent les gaz à effet de serre (GES), et comment évoluent les émissions ?

Jean-Louis Peyraud : De nombreux chiffres circulent, et l’on ne sait pas toujours ce qu’ils englobent. Selon la FAO, l’élevage est responsable de 14,5 % des émissions de GES en 2014. Cela inclut ce que l’on appelle les « émissions importées » (déforestation notamment). Le transport représente 14 % des émissions, mais ce chiffre ne tient pas compte de toute l’énergie déployée pour extraire le pétrole. Il n’est pas comparable au 14,5 % de l’élevage mais à la part hors importation, soit environ 8 %. L’empreinte carbone moyenne d’un Français est de 12 092 kg/an (1), dont 2 705 pour le logement, 1 972 pour la voiture et 1 144 pour les viandes et poissons. Le lait et les produits laitiers pèsent 380 kg par an. Les émissions issues de l’élevage ont baissé de 20 % depuis 1990 grâce à l’intensification et à de nouvelles pratiques. On peut aller plus loin en rajeunissant l’âge au vêlage, et en augmentant les surfaces en légumineuses. Ou encore en produisant davantage de viande avec le troupeau laitier. Les constructeurs automobiles travaillent aussi à améliorer leurs véhicules. Sauf que les Français plébiscitent les SUV ou 4 x 4, ce qui freine la réduction des émissions de l’ensemble du parc automobile. Quant aux émissions liées à l’achat et l’usage des technologies numériques, elles explosent (1 180 kg) et dépassent largement celles de l’aviation civile (480 kg).

Faut-il arrêter de manger de la viande pour sauver la planète ?

J.-L.P. : Ce message ne peut pas être généralisé. Il me semble indécent de demander à des pays d’Afrique ou d’Asie, où la malnutrition est fréquente, de manger moins de viande ! Les Occidentaux, en revanche, ont sans doute intérêt à réduire un peu, et pas seulement pour le climat.

L’Europe, par exemple, ne représente que 15 % de la consommation de viande mondiale. Même si cette valeur diminuait drastiquement, l’effet sur le réchauffement cli­matique serait minime. Il serait beaucoup plus efficace de s’attaquer à la voiture. Cinquante-huit pour cent des gens qui travaillent à moins d’un kilomètre de chez eux prennent la voiture pour s’y rendre. Cela n’empêche pas l’élevage de travailler à réduire ses émissions. D’autant plus que les solutions sont connues et vont dans le sens de l’économie des exploitations.

Mais supprimer l’élevage serait un non-sens écologique, et humanitaire. Que ferait-on à la place ? Le retour de la forêt, ou de la savane selon les régions ? Étonnamment, ceux qui préconisent cette option ne s’intéressent pas à cette question. Consciemment ou non, les activistes anti-viande servent les intérêts d’industriels opportunistes qui vendent des produits végétaux peu coûteux au prix des protéines animales.

Dans un souci d’efficacité et d’information, bien d’autres messages du Giec mériteraient une telle médiatisation.

Que répondre à ceux qui accusent les vaches de réchauffer le climat ?

J.-L.P : Le réchauffement, c’est une évidence, est d’abord dû au déstockage massif du carbone fossile. Il a été calculé que les bisons qui peuplaient­ l’Amérique du Nord, avant d’être quasiment éliminés, dégageaient au moins autant, sinon plus, de méthane que ne le font aujourd’hui l’ensemble des bovins de ce continent. Par ailleurs, les activistes en tout genre qui militent contre l’élevage émettent plus de CO2 en préparant leurs actions sur les réseaux sociaux qu’ils n’en économisent en ne mangeant pas de viande.

Il faut aussi défendre les bienfaits de l’élevage. L’agriculture durable ne peut exister sans lui. Les prairies stockent le carbone et favorisent la biodiversité. Les animaux produisent des fertilisants organiques qui peuvent se substituer aux engrais minéraux. Car la fabrication de ces derniers consomme beaucoup d’ énergie. Leur épandage génère plus de GES que celui des effluents d’élevage, et notamment du protoxyde d’azote, au pouvoir réchauffant dix fois plus élevé que le méthane. Ce gaz reste dans l’atmosphère pendant plus d’un siècle, contre une dizaine d’années pour le méthane.

Propos recueillis par Pascale Le Cann

(1) Source Ravijen. https ://ravijen.fr/?p=440

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Cet article est paru dans L'Éleveur Laitier
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