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Dossier. L’ambition de fourrages de haute valeur azotée

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L’autonomie protéique se joue bien sûr au pâturage, mais aussi sur la valeur MAT des aliments autoproduits distribués à l’auge. En la matière, la récolte est une étape clé.

L’autonomie protéique : effet de mode ou tendance durable ? Parions pour la tendance durable. Plusieurs signaux convergent dans ce sens. À commencer par la montée en puissance du non-OGM demandé aux producteurs par des laiteries précurseurs, comme la Fromagerie Gillot (Orne), le groupe Bel et La Prospérité Fermière. D’autres vont inévitablement suivre.
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L’autonomie protéique : effet de mode ou tendance durable ? Parions pour la tendance durable. Plusieurs signaux convergent dans ce sens. À commencer par la montée en puissance du non-OGM demandé aux producteurs par des laiteries précurseurs, comme la Fromagerie Gillot (Orne), le groupe Bel et La Prospérité Fermière. D’autres vont inévitablement suivre.

La politique de financement européen et français, qui lie aides à l’investissement et agroécologie dans les PCAE, pousse également dans ce sens. La demande sociétale aussi. Les attentes grandissantes sur le bien- être animal, impulsées par des ONG et la grande distribution, remettent au goût du jour le pâturage.

Sans oublier la réduction de l’empreinte carbone et celle de l’utilisation des produits phytosanitaires pour laquelle la prairie joue un rôle essentiel (voir « L’interview » p. 22). Là encore, des laiteries, comme Danone, poussent à s’emparer du sujet.

La voie empruntée vers l’autonomie protéique est essentiellement fourragère. Schématiquement, la stratégie – que les producteurs connaissent bien – est la récolte de fourrages riches en protéines et de bon niveau énergétique. Il y a donc moins besoin de correcteur azoté et, pourquoi pas, de concentré de production si la ration fourragère est d’excellente qualité (lire L’Éleveur laitier de février 2018, p. 50). C’est jouable. L’un des grands atouts des producteurs de lait français est le potentiel fourrager de leur exploitation. Ils ont les cartes en main pour développer cette démarche, et même devancer la demande des laiteries et des GMS en étant force de propositions. Ce n’est pas pour autant qu’elle est facile. Elle réclame de choisir des évolutions adaptées au potentiel de l’exploitation. « Si le contexte permet des rendements de maïs ensilage au-dessus de 18 t de MS/ha, le producteur n’a pas intérêt à diminuer sa surface en maïs pour implanter, par exemple, des prairies multi-espèces ou de la luzerne qui produiront moins. Les associations de céréales + protéagineux en dérobé du maïs sont plus pertinentes, estime Fabien Olivier, de la chambre d’agriculture de la Manche. Elles accentuent l’intensification fourragère, tout en contribuant à corriger le déficit en protéines de ces systèmes de production. »

En revanche, avec un potentiel de 12 t de MS/ha de maïs, l’option « implantation de prairie » devient cohérente grâce à plusieurs coupes d’ensilage dans l’année d’excellente qualité. Les éleveurs qui décident de pousser loin cette logique compensent tout ou partie du maïs-ensilage par la betterave fourragère ou du maïs-épi. Pas étonnant donc que dans le GIEE Autonomie alimentaire (infographie ci-contre), dont Fabien Olivier est l’un des animateurs, l’un des axes de travail soit la betterave fourragère. L’Éleveur laitier approfondira cette culture dans son numéro d’avril prochain.

Un gain de seulement 5 €/1000 litres sur la marge alimentaire pour l’instant

L’autonomie protéique rime-t-elle avec économie ? « Il n’y a pas de gros gains à espérer », répond Benoît Rouillé, le Monsieur nutrition animale de l’Institut de l’élevage. Ce sont les premières conclusions du programme de recherche en cours 4AGEPROD en Bretagne-Pays de la Loire, porté par le pôle agronomique de l’Ouest dont l’Institut de l’élevage fait partie (1). « En passant de 40 % d’autonomie, avec un système fondé sur du maïs ensilage et du tourteau de soja ou colza l’hiver, à 70 %, la marge “prix du lait – coût alimentaire” ne s’améliore que de 5 €/1000 l. Précisons que le coût alimentaire intègre tous les coûts de mécanisation liés aux fourrages. »

Ce résultat est obtenu dans un contexte de prix d’achats des aliments plutôt bas (tourteau de soja à 320 €/t, tourteau de colza à 250 €/t et blé à 160 €/t), et surtout en l’absence de prime non OGM, pâturage, appellations d’origine, etc. « Il faudrait déterminer l’intérêt économique ou pas de l’autonomie protéique à partir des différents niveaux de prix rencontrés depuis dix ans. C’est le projet de 4AGEPROD dans les prochains mois », dit Benoît Rouillé.

Malgré tout, le GIEE de la Manche montre que le coût des concentrés et minéraux diminue avec la progression de l’autonomie. « Mais si l’on n’y prend pas garde, les coûts fourragers et de mécanisation peuvent déraper », avertit Stéphane Blanloeil, qui calcule les coûts pour le GIEE. La diversification des fourrages peut entraîner une augmentation de la facture des intrants et du nombre d’interventions dans les parcelles. Moralité : encore plus qu’en temps normal, il faut optimiser les achats d’intrants et être vigilant sur son équipement en matériels.

Vigilance sur les coûts de mécanisation

« Des fourrages à teneur en matière azotée totale élevée exigent des récoltes précoces, avec moins de rendement. Il faut trouver le bon compromis entre la qualité et le coût de la récolte. Ce n’est pas facile », ajoute Fabien Olivier.

En amont, tous deux conseillent de recenser les besoins en matériels, les équipements qui deviennent inutiles, les délégations possibles à la Cuma, à l’ETA. Et bien sûr, développer le pâturage qui est la voie royale pour réduire les coûts de mécanisation.

Si, sans prime, l’intérêt économique n’est pas encore véritablement démontré, nos deux conseillers voient deux grands avantages à cette stratégie : un revenu qui ne dépend plus, ou moins, de la fluctuation des prix des intrants et une autonomie plus grande dans la prise de décisions en se réappropriant les fondamentaux de l’agronomie.

« Il faut inventer de nouveaux indicateurs pour mieux mesurer sa pertinence, estime Benoît Rouillé. Être autonome en protéines, c’est bien, à condition que l’azote utilisé soit efficient. »

Selon lui, faire le lien entre la matière protéique du lait et la MAT ingérée est un indicateur. Calculer les kilos de MAT achetés pour produire 1000 litres en est un autre. Il prend l’exemple de prim’holsteins à plus de 30 kg de lait par jour en hiver à partir de maïs ensilage et tourteau de colza. « 70 kg de MAT sont achetés pour 1 000 litres produits avec un rendement de 30 % de matière protéique/MAT ingérée » Si 40 % de maïs ensilage est remplacé par de l’ensilage de luzerne, la MAT achetée tombe à 35 kg pour un rendement de 27 %. « Le TP progresse, mais avec un peu moins de lait par vache. Au final, il y a moins de matière protéique produite. »

Attention à ne pas complexifier le travail

L’autonomie en protéines, c’est bien, à condition aussi de ne pas compliquer le travail. « À force de multiplier les mises en place, on risque de se disperser », prévient Carole Bes, chargée d’études au lycée agricole de Vire (Calvados) de 2013 à 2017. Elle est aujourd’hui enseignante au lycée agricole La Roque, à Rodez (Aveyron). Méteils de grains, méteils ensilés, semis de trèfle violet sous couvert (lire p. 39), etc., la ferme du lycée de Vire travaille sur le sujet depuis plusieurs années. « Mises bout à bout, ces cultures complexifient les travaux des champs, mais aussi la distribution de la ration aux vaches. Il ne faut pas négliger la dimension travail lorsque l’on se lance dans cette aventure. »

Claire hue

(1) Plus d’infos sur le programme 4AGEPROD sur www.pole-agro-ouest.eu, onglet Projet SOS Protein et sur YouTube, des vidéos dans les élevages (taper SOS protein).

©
Apprendre en groupe. Le 8 février à Montebourg (Manche), les 42 membres du GIEE Autonomie alimentaire ont échangé sur leurs pratiques. Les animateurs de la chambre d’agriculture sont là pour faire émerger des expériences et mettre les producteurs en contact. © C.Hue
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Cet article est paru dans L'Éleveur Laitier
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