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Dossier. Un retour en force dans les rations

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Chantier de récolte. Ici, l’automotrice effeuille, arrache et charge avec un débit de chantier de 5 à 7 ha par jour. © Matrot Equipements

Cette culture, moins sensible que le maïs aux aléas climatiques, permet de diversifier l’apport énergétique dans la ration des vaches laitières. L’éleveur y gagne sur le prix du lait et sur le coût alimentaire.

Plus de 800 000 ha de betteraves fourragères dans les années cinquante, environ 15 000 ha aujourd’hui : les contraintes lourdes pour adapter la mécanisation ont longtemps incité les éleveurs à préférer le maïs, favorisé aussi par les DPU de la Pac. Mais les temps changent et la betterave fourragère connaît un regain d’intérêt, comme l’indique l’augmentation...
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Plus de 800 000 ha de betteraves fourragères dans les années cinquante, environ 15 000 ha aujourd’hui : les contraintes lourdes pour adapter la mécanisation ont longtemps incité les éleveurs à préférer le maïs, favorisé aussi par les DPU de la Pac. Mais les temps changent et la betterave fourragère connaît un regain d’intérêt, comme l’indique l’augmentation de plus de 20 % des surfaces implantées en France ces cinq dernières années.

Dans un contexte économique compliqué, avec le risque des aléas climatiques, les producteurs laitiers ont vite compris l’intérêt qu’ils pouvaient trouver à revenir à la betterave pour sécuriser leur système fourrager. On présente souvent la betterave fourragère comme l’UFL la moins chère, même si elle n’a pas pour vocation de remplacer totalement le maïs ensilage. Elle constitue autant un concentré énergétique qu’un fourrage.

Une offre variétale importante

Pas moins de vingt-cinq variétés de betterave fourragère sont aujourd’hui disponibles. Rappelons que ce sont toutes des variétés monogermes (une semence pour une plante) qui ne réclament plus un démariage coûteux en main-d’œuvre. L’axe de sélection principal est la matière sèche (MS) qui permet d’augmenter le rendement en UFL/ha. Tout dernièrement, les variétés de betterave ont été classées en trois catégories :

- « moyennement riche en MS », pour des betteraves polyvalentes, pouvant être pâturées et distribuées entières ;

- « riche en MS » caractérise des betteraves plus productives et se conservant mieux ;

- « très riche en MS » correspond à de nouvelles variétés très productives avec une teneur élevée en sucres solubles qui nécessite des rations adaptées. L’autre voie d’amélioration est la résistance aux maladies : la rhizomanie et le rhizoctone brun qui peuvent causer d’importants dégâts.

L’implantation, une opération à soigner

« La quantité et la qualité des betteraves à l’auge se déterminent au moment du semis. Il faut garder à l’esprit que l’on cultive des racines qui doivent être le plus homogène possible », prévient Alexandre Carré, de l’ADBFM (Association pour le développement de la betterave fourragère monogerme).

l Le choix de la parcelle a son importance . Avec le moins possible de pierres et une faible pression d’adventice. L’idéal reste le précédent prairie. Avec des graines de petite taille, la préparation du sol doit être soignée, meuble en profondeur et fine en surface. La betterave est gourmande en fertilisation phosphopotassique (environ 100 P et 260 K, sans fumure organique) mais économe en azote (150 N). Au contraire, l’excès d’azote entraîne un développement végétatif au détriment de la racine. Le fractionnement n’est donc pas adapté. L’exigence en bore est à signaler car des sols carencés provoquent la maladie du cœur noir, préjudiciable au rendement et à la conservation. L’apport de bore peut être nécessaire, avant le semis ou par pulvérisation foliaire.

l Le semis s’effectue avec un semoir monograine à une vitesse relativement lente pour assurer une profondeur de semis homogène, garantissant des tailles et des formes de racines régulières qui faciliteront la récolte. Toujours pour l’homogénéité et le rendement de la culture, la densité de semis doit être respectée (120 000 à 130 000 graines par hectare pour un objectif de 100 000 plantes/ha). L’écartement recommandé est de 45 ou 50 cm. Il permet de gérer plus facilement les adventices, mais demande un tracteur équipé de roues étroites pour les opérations culturales. Cependant, même avec des roues larges, les seuls passages du pulvérisateur ne provoqueraient pas de gros dégâts sur les plantes. La date de semis doit correspondre à un sol ressuyé de 8°C minimum, soit entre le 15 mars et le 15 avril. La betterave est moins sensible au gel que le maïs (dégâts à partir de - 3°C) mais les semis précoces peuvent subir les attaques de limaces.

Le désherbage,une étape délicate

Avec une couverture du sol assez lente, la betterave peut être vite concurrencée par les mauvaises herbes. Pour compliquer la tâche, les matières actives disponibles sont peu sélectives, donc efficaces uniquement sur des adventices très jeunes. Alors, la lutte contre les adventices peut commencer avant l’implantation en réalisant un faux semis. Ensuite, les programmes de désherbages chimiques combinent des interventions en pré ou postlevée. L’important est d’agir précocement sur la flore adventice, sans tenir compte du stade de la betterave. Souvent, deux ou trois applications sont nécessaires à six-dix jours d’intervalle, mais à dose réduite. Le désherbage est une étape clé qu’il faut apprendre à maîtriser.

Attention aussi aux herbicides utilisés qui présentent un pouvoir décapant pour la cuve du pulvérisateur. Si l’éleveur a utilisé précédemment un désherbant maïs, le risque de phytotoxicité est grand. Même si la cuve a été rincée, il faut impérativement utiliser un nettoyant spécifique. La lutte mécanique contre les mauvaises herbes peut intervenir en complément de la lutte chimique ou seule. En général, les producteurs en agriculture biologique pratiquent deux faux semis et trois binages.

La récolte, avec un matériel spécifique

La betterave étant une plante bisannuelle, elle a vocation à passer l’hiver en terre. Par conséquent, elle se conserve bien dans le sol. La date de récolte est donc très souple à partir de la maturité physiologique, qui est atteinte lorsque les feuilles de la base du collet sèchent. Pour des semis d’avril, la récolte commence à partir du 15 octobre. Mais elle peut s’organiser en plusieurs fois. Elle requiert du matériel spécifique pour assurer trois étapes : l’effeuillage, l’arrachage et le chargement. Selon l’équipement, cela peut se faire en un, deux ou trois passages. ETA et Cuma peuvent s’équiper d’une automotrice. En individuel, le choix de matériels d’occasion, dégroupés, venus des régions de grande culture est souvent la règle. On peut les trouver sur les sites d’annonces en ligne.

Quoi qu’il en soit, il est indispensable de ne pas blesser les tubercules au moment de la récolte au risque d’une mauvaise conservation. Il vaut mieux garder quelques feuilles que scalper la racine. D’où l’importance de réussir une culture homogène avec des plantes présentant la même hauteur.

Stockage et distribution, choisir la simplicité

Les racines des betteraves se conservent sans problème pendant quatre à cinq mois, voire plus, à condition d’être saines et sans blessures. Les betteraves riches en matière sèche se conservent plus longtemps. Une fois récolté, cela reste un produit vivant qui respire, dégage de l’eau et de la chaleur. Pour son stockage, il faut donc prévoir une bonne ventilation, avec un tas qui ne devrait pas excéder 3 à 4 m de large et 1,80 m, posé de préférence sur une aire bétonnée ou un sol sain. Les betteraves peuvent geler si la température descend en dessous de - 5°C. Il est alors recommandé de couvrir le tas avec une bâche quand le risque de gel est avéré et de le découvrir sitôt le risque levé.

La présence de terre sur les betteraves n’est pas un problème, car ce n’est pas un fourrage fermenté où les spores butyriques peuvent se développer. Le seul risque serait la reprise des fermentations dans l’auge, lorsque la betterave est associée à des ensilages. Pour le prévenir, il suffit de nettoyer l’auge régulièrement. La présence de cailloux dans le tas de betteraves est plus préjudiciable pour les matériels de distribution.

Les betteraves moyennement riches en matière sèche peuvent être distribuées entières aux animaux. Les autres, plus difficiles à croquer, réclameront d’être coupées en morceaux. Il existe des matériels spécifiques (godets, cuves coupe-racines), mais la betterave peut aussi être coupée par les couteaux de la mélangeuse.

Quant au pâturage, c’est le mode de récolte le plus économique. Il se fait au fil et il doit être limité à deux heures par jour. Les vaches consomment les feuilles et les racines qu’elles arrachent.

Un intérêt alimentaire indéniable

La betterave est un fourrage très riche en énergie par sa teneur en sucre (1,15 UFL) mais pauvre en protéines (62 PDIN) et en cellulose. Elle est très appétente et peu encombrante. Selon le rendement (80 à 120 tonnes par hectare de racines), elle permet de produire entre 18 000 et 22 000 UFL par hectare. Elle est introduite dans tous les types de ration sans dépasser 4-5 kg de matière sèche par jour, en prenant garde d’apporter les fibres nécessaires. L’objectif est de sécuriser le bilan fourrager, de réduire la part de concentré, d’améliorer la qualité du lait (TB et TP) et de renforcer le système immunitaire.

D. G.

Les conseils d’un agriculteur betteravier

Comment réussir le semis pour une levée homogène ?

Xavier Hay : Il faut parvenir à un excellent lit de semences avec de la terre fine, pas trop profond (5 cm maximum), de façon à bien tenir la hauteur de semis et ne pas assécher trop rapidement le lit de semences. Si je ne peux pas faire un labour d’hiver, je passe la charrue juste au moment du semis. Ensuite, deux passages de vibroculteur et un passage de croskillette pour rappuyer suffisent. Un ou deux passages de herse rotative peuvent aussi ­convenir, toujours avec un passage de rouleau. Mais attention à ne pas trop tasser dans les sols battants. Le semis se fait à vitesse réduite pour assurer une bonne régularité de placement des graines. Il ne faut pas semer profond (environ 1 cm), mais toujours dans le frais. Quand le sol est trop sec, je passe un coup de rouleau après le semoir. C’est exceptionnel car il y a un risque de battance.

Comment ne pas se louper au désherbage ?

X.H. : Je ne travaille qu’avec des désherbages de post-semis et j’utilise, en moyenne, quatre matières actives différentes, toutes des antidicotylédones. Le secret est d’attaquer très vite, même quand les betteraves ne sont pas toutes levées, souvent dès la troisième ou quatrième semaine. Car il faut intervenir sur des adventices très jeunes. Aux doses utilisées, il n’y a pas de risque de phytotoxicité pour les jeunes betteraves. Ensuite, il faut enchaîner tous les huit ou dix jours. Je fais en moyenne trois ou quatre passages d’antidicotylédones et, parfois, un antigraminée supplémentaire. Il est important de traiter avec une hygrométrie suffisante : entre 6 et 7 heures du matin, c’est l’idéal. Un passage de bineuse avant que les betteraves ne recouvrent l’interrang peut remplacer un passage de pulvérisateur. Si la météo ne permet pas d’intervenir au bon stade de l’adventice, il est possible d’augmenter les doses de 10 à 15 %. Je conseille aussi de pulvériser avec des buses normales (pas des antidérives), afin de produire plus de gouttes fines qui créeront un maximum d’impacts sur les feuilles des adventices. Je traite à un volume de 150 l/ha. En résumé, il ne faut surtout pas se laisser dépasser par les adventices. Donc, ne pas hésiter à raccourcir les passages si le temps est « poussant ».

Xavier Hay © SEBASTIEN CHAMPION
Distribution. Ici, avec un godet spécifique qui assure un déterrage avec un tapis à barrettes et un hachage à l’aide d’un rotor, équipé de pointes et d’une tôle montée sur une charnière. Celle-ci fait office de contre-couteau et est retenue par des ressorts permettant le passage des pierres sans dommage pour le rotor. © J.Greffier-ADBFM
Les conseils d’un agriculteur betteravier

Comment réussir le semis pour une levée homogène ?

Xavier Hay : Il faut parvenir à un excellent lit de semences avec de la terre fine, pas trop profond (5 cm maximum), de façon à bien tenir la hauteur de semis et ne pas assécher trop rapidement le lit de semences. Si je ne peux pas faire un labour d’hiver, je passe la charrue juste au moment du semis. Ensuite, deux passages de vibroculteur et un passage de croskillette pour rappuyer suffisent. Un ou deux passages de herse rotative peuvent aussi ­convenir, toujours avec un passage de rouleau. Mais attention à ne pas trop tasser dans les sols battants. Le semis se fait à vitesse réduite pour assurer une bonne régularité de placement des graines. Il ne faut pas semer profond (environ 1 cm), mais toujours dans le frais. Quand le sol est trop sec, je passe un coup de rouleau après le semoir. C’est exceptionnel car il y a un risque de battance.

Comment ne pas se louper au désherbage ?

X.H. : Je ne travaille qu’avec des désherbages de post-semis et j’utilise, en moyenne, quatre matières actives différentes, toutes des antidicotylédones. Le secret est d’attaquer très vite, même quand les betteraves ne sont pas toutes levées, souvent dès la troisième ou quatrième semaine. Car il faut intervenir sur des adventices très jeunes. Aux doses utilisées, il n’y a pas de risque de phytotoxicité pour les jeunes betteraves. Ensuite, il faut enchaîner tous les huit ou dix jours. Je fais en moyenne trois ou quatre passages d’antidicotylédones et, parfois, un antigraminée supplémentaire. Il est important de traiter avec une hygrométrie suffisante : entre 6 et 7 heures du matin, c’est l’idéal. Un passage de bineuse avant que les betteraves ne recouvrent l’interrang peut remplacer un passage de pulvérisateur. Si la météo ne permet pas d’intervenir au bon stade de l’adventice, il est possible d’augmenter les doses de 10 à 15 %. Je conseille aussi de pulvériser avec des buses normales (pas des antidérives), afin de produire plus de gouttes fines qui créeront un maximum d’impacts sur les feuilles des adventices. Je traite à un volume de 150 l/ha. En résumé, il ne faut surtout pas se laisser dépasser par les adventices. Donc, ne pas hésiter à raccourcir les passages si le temps est « poussant ».

Xavier Hay, agriculteur dans le Calvados. © c.hue
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