S'abonner
Vous êtes abonné

Première visite ?

Inscrivez-vous
Imprimer Envoyer par mail Commenter

Dossier. La prise en charge n’attend pas

réservé aux abonnés

 - -->

À l’instar des mammites, une boiterie, même légère, doit être considérée comme une urgence. Cette prise en charge précoce, dès les premiers signes d’inconfort exprimés­ par l’animal, est alors un moyen d’obtenir des taux de guérison élevés.

Avec la généralisation des sols en béton et du zéro pâturage, les boiteries sont devenues un problème de santé majeur. C’est, par ordre d’importance, la troisième pathologie qui affecte les troupeaux laitiers après l’infertilité et les mammites. « Dès que les vaches ne pâturent plus, c’est un problème, analyse Marc Delacroix, vétérinaire de l’équipe...
Contenu réservé aux abonnés de L'éleveur laitier
pour vous connecter et poursuivre la lecture
1%

Vous avez parcouru 1% de l'article

Poursuivez la lecture de cet article
en profitant de 2 mois de découverte à L’éleveur laitier
(Offre sans engagement, réservée aux personnes non abonnées)
  • > Accédez à tous les articles
  • > Recevez la newsletter
  • > Recevez 2 numéros chez vous
J'en profite !

Avec la généralisation des sols en béton et du zéro pâturage, les boiteries sont devenues un problème de santé majeur. C’est, par ordre d’importance, la troisième pathologie qui affecte les troupeaux laitiers après l’infertilité et les mammites. « Dès que les vaches ne pâturent plus, c’est un problème, analyse Marc Delacroix, vétérinaire de l’équipe de formation des pédicures au CFPPA de Rennes-Le Rheu. Le pâturage joue un rôle d’amortisseur et de brosse pour les pieds. C’est un environnement où les vaches se déplacent sans contraintes. Les conditions de vie en bâtiment sont presque­ l’antithèse du pâturage. Les problèmes de pieds s’aggravent, avec des pathologies de plus en plus complexes à gérer. »

Parer tout le troupeau une fois par an ne suffit pas

Sur le terrain, la gravité de la situation est souvent sous-évaluée, et « l’on s’habitue à voir un animal qui traîne un peu la patte. Or, il s’agit d’un signe de douleur, avec des répercussions économiques sur l’expression de son potentiel  », souligne Raphaël Guatteo, maître de conférences à l’école vétérinaire de Nantes. Longtemps, les problèmes de pieds se sont limités à des traumatismes de la corne et des panaris survenus dans les chemins d’accès aux pâtures. Mais avec les logettes, la nature du problème a changé, des lésions comme l’ulcère ou l’ouverture de la ligne blanche sont beaucoup plus fréquentes. Il y a aussi l’augmentation de la taille des troupeaux, avec de nombreux mouvements d’animaux, dont résulte une hausse de la pression bactérienne dans les bâtiments qui facilite la diffusion des pathologies infectieuses (dermatite digitée, fourchet).

« Pourtant, la maîtrise des boiteries est possible, à condition de bien utiliser tous les outils à disposition », assure Marc Delacroix. Pour le praticien, la prise en charge repose sur le triptyque éleveur-pareur-vétérinaire au sein duquel l’éleveur occupe une place centrale. Son rôle se décline en trois étapes : détecter, lever le pied et parer. « On ne gère pas les pieds en faisant parer tout le troupeau une fois par an, prévient-il. Il faut anticiper la boiterie en détectant les signes avant-coureurs et intervenir dans les quarante-huit heures. À l’instar d’une mammite, une boiterie, même légère, doit être considérée comme une urgence. » Le parage précoce d’une lésion autorise des taux de guérison de 69 % et jusqu’à 85 % si l’on y associe un traitement individuel et une talonnette. « Pour cela, il faut des éleveurs formés. Une formation d’au moins deux à trois jours apporte la capacité d’intervenir, d’analyser le problème et de savoir quand le sous-traiter. »

Le soin des pieds doit être un réflexe quotidien

La prise en charge des pieds commence par la capacité à détecter toutes les vaches boiteuses, « mais aussi et surtout les faiblement boiteuses, ou sub-boiteuses. C’est un réflexe que l’éleveur doit intégrer. » La détection se fait pendant l’entretien des logettes, en salle de traite ou, plus simplement, au cornadis. Il est alors possible d’observer trois signes caractéristiques : la courbure du dos, les pieds et les aplombs. Une vache saine a le dos droit et des membres postérieurs droits et parallèles. À l’inverse, une vache faiblement­ boiteuse va avoir tendance à courber le dos, à serrer les jarrets et à mettre ses pieds en rotation.

Les boiteries étant dans 90 % des cas liées à une lésion podale, il s’agit ensuite de lever le pied sans attendre pour renforcer les chances de guérison. « Il faut concevoir un système simple qui permet de bloquer la vache et de lever le pied en dix minutes. Sinon, le risque est de se démotiver et de toujours reporter l’intervention, observe Marc Delacroix. Tout élevage laitier devrait aujourd’hui être équipé d’un dispositif de levage des pieds. On peut le faire pour 50 € à l’aide d’une sangle et d’une poulie ou avec une cage à 5 000 € qui sera un investissement vite rentabilisé. » Une fois le pied levé, la formation doit permettre de réaliser systématiquement un parage fonctionnel qui vise à rétablir les charges sur les aplombs. « C’est 95 % du travail, souligne le praticien. Cette intervention de base contribuera ensuite à mettre en évidence la présence éventuelle de lésions que l’on gère par un parage curatif. » Fonctionnel ou curatif, le parage réclame d’être formé, car une intervention mal réalisée risque d’aggraver le mal. L’erreur constatée le plus souvent est d’enlever trop de corne : « Parer, c’est en enlever là où il faut et juste ce qu’il faut. Après un parage réussi, on doit voir une amélioration immédiatement, pas après deux ou trois jours. Sinon, le travail est mal fait ou pas adapté ! » Si la personne qui lève le pied n’est pas formée, elle doit donc appeler un professionnel.

Objectif : zéro boiterie pendant le tarissement

Parallèlement à cette prise en charge individuelle, on considère que chaque animal d’un troupeau devrait avoir les pieds levés et, si nécessaire, parés au moins une fois par an. Les objectifs sont :

de rétablir la forme idéale des onglons de façon à équilibrer les charges, pour que les vaches soient moins susceptibles d’être affectées par des problèmes futurs ;

de favoriser la croissance d’une nouvelle corne saine et de repérer des lésions pour faire, le cas échéant, un parage curatif. « Planifier une intervention par an est inadapté, insiste Marc Delacroix. Il faut privilégier des interventions par lots d’animaux selon le stade physiologique, idéalement deux mois avant la mise bas. Le but est de n’avoir aucune boiterie pendant la phase de tarissement pour bien préparer la lactation à venir. » Planifier quatre à cinq interventions par an sur un lot plus restreint d’animaux permet également à l’éleveur d’assurer plus facilement la prise en charge. Ce parage préventif de routine doit être évité au cours des quatre semaines précédant et suivant la mise bas.

Une intervention sur tout le troupeau peut se justifier pour éteindre une flambée de dermatite digitée (Mortellaro) en vue de repartir sur des bases plus saines. On estime que lorsque la dermatite digitée (DD) touche 10 à 20 % du troupeau, une désinfection collective, associée à un traitement individuel, doit être envisagée, ce qui est majoritairement le cas si l’on considère que 25 % du cheptel holstein est concerné par la maladie.

« On ne peut pas se passer du traitement individuel de la DD pour guérir les animaux atteints et pour contrôler la diffusion de la maladie au sein du troupeau, explique Raphaël Guatteo. L’intérêt du pédiluve (gestion collective) n’est pas de prévenir, mais de traiter les petites lésions que l’on n’aurait pas vues à l’œil nu. »

La prise en charge individuelle reste indispensable

Dans le cadre de la prise en charge individuelle, là encore, on vise un traitement précoce au risque de favoriser l’enkystement de la maladie en profondeur. Le parage fonctionnel va d’abord permettre de remettre de la distance entre le talon et le sol. « Ensuite, la pulvérisation d’oxytétracycline en bombe a montré son efficacité. Le Hoof-Fit gel, seul produit sans antibiotique doté d’une AMM pour le traitement de la DD, donne aussi de très bons résultats, associé à un pansement bien fait. » Sur une lésion peu sévère, le protocole consiste en un nettoyage et une pulvérisation pendant deux à trois jours consécutifs.

La gestion collective de la DD passe par la désinfection de tous les pieds. La méthode la plus courante est le pédiluve, mais la pulvérisation de désinfectant sur les pieds de toutes les vaches en salle de traite deux fois par mois, à l’aide d’un pulvérisateur à dos, s’avère tout aussi efficace et plus économique en produit que le pédiluve. Mais l’opération requiert la présence de deux personnes à la traite. Le pédiluve est mis en place pendant au moins quatre traites tous les quinze jours. Attention aux bacs vendus dans le commerce, souvent trop courts. L’autoconstruction est alors un moyen d’avoir les dimensions requises, c’est-à-dire qui amènent la vache à tremper trois ou quatre fois les pieds dans la solution désinfectante pour renforcer son efficacité, soit une longueur de 3 à 3,50 m, 50 cm de large et 28 cm de haut. Ce dernier point permet de garder toujours au moins 13 cm de produit pour qu’il recouvre les pieds jusqu’aux onglons accessoires.

Le renouvellement du pédiluve est conseillé tous les 100 à 120 passages.

Installer des parois pleines de chaque côté est un moyen d’éviter les pertes de produit lors du passage des animaux, mais aussi les accidents. Les pratiques de raclage doivent favoriser le maintien des pieds propres pendant trente minutes suivant la désinfection.

La propreté est plus efficace que le traitement

« Rien ne justifie aujourd’hui de conseiller un produit plutôt qu’un autre. C’est la fréquence d’utilisation, le respect des dilutions et du rechargement du bac qui permettent d’obtenir des résultats, indique Raphaël Guatteo. Le meilleur produit reste le lavage des pieds à l’eau, pour faire rentrer des animaux dans le pédiluve avec des pieds propres. » Le lavage des postérieurs avant le passage dans le pédiluve est possible en salle de traite avec un jet d’eau à moyenne pression. Il est réalisé avant de brancher les griffes pour éviter les contaminations de la mamelle avec de la bouse. « Il n’y a pas grand-chose à attendre du pédiluve seul, si les facteurs de risque ne sont pas réglés par ailleurs : les pieds sales sont la garantie d’avoir de la DD et l’humidité, le principal facteur de risque de pieds sales. »

Les études menées par l’école vétérinaire montrent en effet que la propreté est plus efficace que le traitement : comparé à l’absence de soins, le risque de nouvelles lésions est 1,6 fois moins important lorsque l’on applique une pulvérisation deux fois par mois en salle de traite. Lorsque moins de 25 % des vaches ont des pieds très sales, le risque est 2,4 fois moins important.

Aplombs. Les vaches en situation d’inconfort vont, comme ici, avoir tendance à serrer les jarrets et à mettre leurs pieds en rotation (les pieds ne sont pas en aplomb des membres). Une vache avec de tels aplombs réclame un parage. © Marc Delacroix
Ligne de dos. Un dos arqué et la tête basse peuvent indiquer la présence d’une boiterie. Il est nécessaire de lever le pied pour voir si des lésions sont présentes. © j.pezon
Lever par le jarret. Un système minimaliste avec une sangle et une poulie dédiées. Le jarret doit être levé verticalement et sa pointe doit rester légèrement en dessous de celle des fesses. © Marc Delacroix
Facilité d’accès. Ici, la cage faite sur mesure (5 000 €) est placée dans le couloir­ de circulation des animaux. Objectif : bloquer la vache et lever le pied en moins de dix minutes. © Marc Delacroix
Pédiluve. Les pédiluves du commerce sont souvent trop courts. Dès lors, les dimensions à respecter pour une installation maison sont : 3 à 3,50 m de long, 50 cm de large et 28 cm de haut. Pour que le produit adhère, le pied doit tremper entièrement trois ou quatre fois dans la solution. © j.pezon
Pansement. Pour prévenir la douleur post-soins

Sur les lésions sévères et contagieuses de dermatite digitée, mais aussi sur les ulcères, lorsqu’il y a une plaie ouverte, la pose d’un pansement peut être recommandée pour éviter la douleur liée à des contacts directs de la lésion sur des sols agressifs. Des taux de guérison plus élevés sont habituellement observés dans les études où les traitements individuels contre la dermatite sont appliqués sous un pansement. À condition que celui-ci soit bien posé, c’est-à-dire pas trop serré et utilisé dans des conditions d’hygiène satisfaisantes. Dans tous les cas, il doit obligatoirement être enlevé dans les deux à trois jours qui suivent.

La mise en place respecte quelques règles (1) : nettoyer la plaie à l’eau savonneuse ; appliquer un traitement topique (oxytétracycline ou gel contenant du cuivre et du zinc chélatés) ; placer une compresse papier sur la lésion ; entourer l’onglon atteint et le paturon d’une bande à pied autocollante étanche, mais respirante, sans jamais serrer ; enduire le pansement avec du goudron de Norvège pour éviter que le bandage s’imbibe de liquide.

(1) boiteries-des-bovins.fr

Lavage. Pour une efficacité accrue

La saleté inhibe l’effet du désinfectant. Dès lors, pour renforcer son efficacité, les pieds pourront être lavés en salle de traite, avant de passer dans le pédiluve. « Le jet doit être assez fort pour nettoyer les pieds, mais pas trop agressif, prévient Raphaël Guatteo, enseignant-chercheur à Oniris (école vétérinaire de Nantes). Les vaches sont un peu nerveuses au début. Mais une fois habituées, avec un lavage avant la pose des griffes, on ne constate pas de dégradation de la qualité du lait. Si cela se passe mal, il faudra un dispositif pour laver les pieds après la traite et avant le passage dans le pédiluve. »

Certains abandonnent le pédiluve et associent au lavage en salle de traite la pulvérisation d’un désinfectant pendant quatre traites successives, deux fois par mois sur tous les pieds avec un petit pulvérisateur. C’est tout aussi efficace, pratique et plus économe en matière de consommation de produit. « Le lavage et la détection en salle de traite tous les quinze jours, suivi d’une application manuelle de désinfectant, est aussi un protocole de soin collectif qui induit une efficacité accrue, avec trois ou quatre fois moins de produits, mais l’inconvénient de ne traiter que les pieds arrière. »

Salle de traite. Le lavage est fait avec un jet à moyenne pression avant la pose des griffes­. L’augmentation du temps de traite pour 70 vaches est de cinq à dix minutes. © j.pezon
Imprimer Envoyer par mail Commenter
Commenter cet article 0 commentaires
Cet article est paru dans L'Éleveur Laitier
En direct
Afficher toutes les actualités

Dans la même rubrique

Sélectionné pour vous

Sélection bovine des taureaux et des hommes

45€

Disponible

AJOUTER AU PANIER

Le vêlage : Complications du vêlage, maladies des nouveaux-nés et colostrum

29€

Disponible

AJOUTER AU PANIER

Maladies parasitaires du mouton 4ème edition

29€

Disponible

AJOUTER AU PANIER