S'abonner
Vous êtes abonné

Première visite ?

Inscrivez-vous
Imprimer Envoyer par mail Commenter

Dossier. Anticiper des aléas de plus en plus fréquents

réservé aux abonnés

 - -->
Dans le Morbihan, chez Jean-Yves Penn, la création de 9 km de haies assure non seulement un abri aux 45 laitières, mais aussi un appoint fourrager après élagage d’été. À partir des hauteurs d’herbe d’entrée et de sortie de paddocks, l’éleveur estime la consommation de feuilles à 1,5 kg par jour. © J.Pezon

Le changement climatique est une réalité dont l’impact est contrasté selon les zones géographiques. Mais dans tous les cas, la multiplication des épisodes climatiques atypiques pointe l’intérêt de constituer des stocks de précaution.

Le cinquième rapport du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) établit que le changement climatique est désormais sans équivoque : au cours des trente dernières années, les températures estivales ont augmenté de 2°C et le déficit hydrique du printemps s’est creusé (- 100 mm). À travers la multiplication des épisodes de canicule, les é...
Contenu réservé aux abonnés de L'éleveur laitier
pour vous connecter et poursuivre la lecture
1%

Vous avez parcouru 1% de l'article

Poursuivez la lecture de cet article
en profitant de 2 mois de découverte à L’éleveur laitier
(Offre sans engagement, réservée aux personnes non abonnées)
  • > Accédez à tous les articles
  • > Recevez la newsletter
  • > Recevez 2 numéros chez vous
J'en profite !

Le cinquième rapport du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) établit que le changement climatique est désormais sans équivoque : au cours des trente dernières années, les températures estivales ont augmenté de 2°C et le déficit hydrique du printemps s’est creusé (- 100 mm). À travers la multiplication des épisodes de canicule, les éleveurs constatent déjà les effets de ce changement : des récoltes de maïs de plus en plus tôt, un démarrage de la prairie plus précoce et une pousse d’été incertaine.

Cette réalité, il faut l’intégrer, car les simulations réalisées dans le cadre de Climalait montrent que cette tendance va perdurer. « Ce programme de recherche, à l’initiative du Cniel, a pour but de mettre à la disposition des éleveurs des données concrètes pour les amener à réfléchir aux évolutions de leur exploitation en vue de s’adapter au changement climatique », explique Nadine Ballot, en charge des dossiers techniques à la Maison du lait.

Vers des sécheresses de plus grande ampleur en été

Climalait décrit l’évolution des températures et des précipitations dans trente zones homogènes en termes pédoclimatiques pour la période 2030-2059 (voir cartes pages suivantes) et 2070-2099. En partenariat avec Météo France, trois laboratoires de recherche climatique ont été mobilisés (un français, un néerlandais et un suédois). Tous vont dans le même sens : ils prédisent un réchauffement et un doublement de la concentration de l’atmosphère en gaz à effet de serre. « Les deux sont en partie liés, souligne Franck Souverain, expert Météo France. Ces gaz ont pour effet d’emprisonner de la chaleur dans l’atmosphère. Bien sûr, il y a une part d’incertitude lorsque l’on aborde des prévisions de très long terme. Ainsi, le réchauffement pourrait être de moindre importance si des mesures drastiques sont prises pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. »

Dans le cadre de l’étude, le scénario le plus pessimiste a été retenu, « celui qui semble se dessiner ». Il prédit une augmentation de température de 1,1 à 2,2°C dans un futur proche, et jusqu’à 4°C à la fin du siècle. Celle-ci est de plus grande ampleur à l’est et limitée en bordure de la Manche. « Deux degrés, ce n’est pas anodin, d’autant plus que la hausse de température serait de 1°C l’hiver et 3°C l’été, ce qui laisse présager des épisodes de sécheresses estivales de plus grande ampleur, souligne le chercheur. Cela modifie les cycles végétatifs et, par conséquent, les repères des agriculteurs. »

Un cumul de précipitations très irrégulier

Ces hausses des températures ont des conséquences sur les cultures, mais aussi sur les animaux : le nombre de jours où ils seraient en état de stress thermique et son intensité augmenteraient dans un futur proche. « Mais l’augmentation des températures n’aura pas que des effets négatifs, souligne Jean-Claude Moreau, chef de projet pour l’Institut de l’élevage. Elle permettra d’avoir plus d’herbe, plus tôt au printemps et plus tard à l’automne, ou de cultiver du maïs grain dans davantage de régions. La culture du maïs à double fin (ensilage + grain) est d’ailleurs l’une des raisons pour laquelle cette plante restera un pilier des systèmes d’élevage. Sur ce principe, beaucoup d’éleveurs du Sud-Ouest sécurisent déjà leur système en implantant 120 % de leurs besoins chaque année. »

Concernant les précipitations, aucune tendance nette ne se dégage. « Les prévisionnistes soulignent surtout le risque de fortes inégalités interannuelles, indique Nadine Ballot. C’est le principal problème, à l’origine de la multiplication des aléas ou des années climatiques atypiques qu’il est impossible de prévoir. »

Climalait s’est donc penché sur les pistes d’adaptation possibles des élevages laitiers en travaillant localement avec de petits groupes d’éleveurs, afin de prendre en compte la diversité des situations qui caractérisent notre pays.

Les adaptations possibles à l’échelle de l’exploitation

Les pistes d’adaptation envisagées dans les régions où ces travaux ont été entrepris sont les suivantes :

constituer un stock fourrager de sécurité en année favorable pour faire face à la multiplication des aléas climatiques ;

avoir une part de luzerne dans l’assolement et/ou intégrer la luzerne dans les mélanges prairiaux si l’on souhaite faire pâturer la parcelle ;

jouer sur les cultures dérobées pour reconstituer les stocks ;

généraliser la prairie multi-espèce, ou développer des espèces comme le sorgho ou la betterave ;

faire évoluer les périodes de vêlage pour éviter les pics de lactation au moment des fortes chaleurs ;

anticiper les réformes , ne pas engraisser, déléguer l’élevage des génisses lorsque les stocks sont tendus.

« D’un point de vue génétique, les semenciers travaillent déjà sur des variétés plus résistantes à la sécheresse, tout comme la sélection bovine sur la recherche de vaches plus résilientes aux fortes chaleurs. À ce titre, le bâtiment de demain ne devra pas seulement être conçu pour l’hiver, mais aussi en prévision d’étés chaud à travers une ventilation efficace. »

Nadine Ballot évoque également le rôle des arbres et des haies en tant qu’abris pour les animaux, mais aussi pour favoriser la pousse de l’herbe. Enfin, le recours à l’assurance est l’une des pistes évoquées par les éleveurs. Par exemple, Pacifica propose une assurance prairie avec une garantie « impossibilité de récolte à la suite d’une inondation ou d’un excès d’eau » : elle est conçue pour indemniser l’impossibilité de récolter ou de pâturer pendant une période allant du 1er mars au 31 octobre.

Cultivée pure ou en mélange, la luzerne occupe une place centrale

Dans le détail, les pistes d’adaptation sont variables selon les secteurs géographiques et leur potentiel fourrager. Trois petites régions agricoles ont pris un peu d’avance  :

Dans les seconds plateaux du Jura, prévoir un stock de sécurité

Les températures, en légère hausse ces dernières décennies, continuent de monter. L’augmentation plus précoce et plus prononcée de l’ETP, combinée aux variations de pluviométrie, pourrait créer des situations de sécheresse estivale qui n’existe pas ou peu à l’heure actuelle.

« Ces prévisions à vingt-cinq ou cinquante ans peuvent paraître lointaines, sauf que l’on ressent déjà les effets du changement qui s’installe progressivement, indique Pierre-Emmanuel Belot, chef de projet à la chambre d’agriculture de Franche-Comté. Ce travail présente l’intérêt d’alerter les éleveurs sur les conséquences d’une tendance à l’augmentation du chargement, dont on voit aujourd’hui qu’il permet difficilement de faire face aux aléas climatiques. L’année 2016 a montré qu’il fallait du stock pour être serein. » La solution la plus évidente : constituer des stocks de l’ordre de 120 % des besoins lorsque l’année est propice. « Le surstock a naturellement un coût, surtout en système foin. Mais toujours moins que l’achat de fourrages lorsque celui-ci n’a pas été anticipé », déclare-t-il.

Autres pistes : dans les systèmes 100 % prairies naturelles, intégrer des prairies multi-espèces avec de la luzerne sur des parcelles ayant le plus de potentiel agronomique ; ajuster les effectifs à l’offre fourragère par anticipation des réformes ou réduction du nombre de génisses.

Dans les Mauges (Pays de la Loire), aller chercher l’herbe d’automne

Comme partout, les simulations mettent en évidence une pousse de l’herbe plus précoce au printemps, plus tardive en automne, et un ralentissement d’été plus marqué, déjà présent actuellement en sols superficiels. L’augmentation des températures et l’évolution de la pluviométrie montrent que les conditions climatiques permettront de tirer profit de cette herbe de début de printemps.

« Ces prévisions sont lointaines, mais les éleveurs du groupe de travail se sentent néanmoins concernés, au moins par rapport à la transmission de leur exploitation, observe Céline ­Marsollier, conseillère à la chambre d’agriculture du Maine-et-Loire. Ils ont été plutôt rassurés par l’augmentation de la production fourragère au printemps et à l’automne. Cette production de fin de saison, il faudra cependant s’organiser pour aller la chercher et la stocker en prévision du trou d’été et/ou d’années atypiques, comme celle de 2016 . Dans cette idée de faire du stock, la luzerne prend tout son sens, plutôt en associations qui sont plus productives la première année. » La présence de l’irrigation dans la zone a en effet de quoi rassurer et la possibilité de semer du maïs à double fin offre une variable d’ajustement intéressante. Là encore, l’anticipation des réformes et la limitation des ateliers d’engraissement les années difficiles est un moyen d’ajuster les besoins de fourrages.

Dans le Périgord noir, des systèmes stockeurs qui le resteront

Ici, le climat se caractérise par des températures clémentes et un cumul de précipitations plutôt élevé. Dans le futur, l’ETP augmenterait dès le printemps et jusqu’à l’automne, ce qui accentuerait la sécheresse estivale, même si elle est parmi les plus courtes du quart sud-ouest.

« À l’horizon 2040, la mise à l’herbe avancerait de trois jours, ce qui n’est pas une révolution, concède Camille Ducourtieux, de la chambre d’agriculture de Dordogne. Les éleveurs sont déjà concernés par la distribution de fourrages en été et souvent, ils stockent 20 % de plus en prévision des aléas. » Dans ce contexte, beaucoup ont évolué vers des systèmes maïs + luzerne ensilée, cultivée pure car destinée à une utilisation en fauche exclusive dans des systèmes de moins en moins pâturants. Parmi les adaptations futures évoquées en groupe, la sortie des génisses offrirait un moyen de valoriser l’herbe de printemps et d’automne. Le sorgho pourrait aussi être amené à remplacer une part du maïs, si l’eau venait à être contingentée.

Jérôme Pezon
©
Les dérobées d’été ont la capacité de résister à de très fortes températures en vue de ­réaliser des stocks. Mais il faut au moins 20 mm d’eau au moment du semis. C’est pourquoi, pour sécuriser la levée, on privilégie une implantation après une récolte précoce de méteil. © Sébastien Champion
La constitution de stocks sur pieds est une option pour prolonger le pâturage d’été, à trois conditions : couper l’épi des graminées par une première exploitation en fauche afin d’avoir des repousses feuillues ; avoir un taux de légumineuses élevé (50 %) pour tamponner la baisse de valeur du paddock ; dans des parcelles où il y a un peu de profondeur de sol, sinon on fait du foin sur pieds. © j.pezon
1 question à…
« Les espèces agressives peuvent prendre le dessus »« Dans les terres les plus portantes, les couverts permettent un usage précoce en sortie d’hiver » 1 question à… Patrice Pierre, chef de projet productions fourragères à l’Institut de l’élevage

Y a-t-il un intérêt à intégrer des variétés précoces dans la prairie pour profiter d’une pousse plus tôt en saison ?

Patrice Pierre : Les essais intégrant des variétés de ray-grass anglais précoces dans les mélanges prairiaux multi-espèces montrent que les gains de production au début du printemps ne sont pas significatifs. En outre, il faut s’assurer d’avoir des parcelles suffisamment portantes pour intervenir tôt en saison. D’autres essais intégrant, cette fois, des espèces précoces de courte durée dans les mélanges ont été réalisés pour booster le démarrage de la prairie : ray-grass hybride, ray-grass italien et trèfle violet. La question s’est alors posée de la dose de semis, car ce sont des espèces agressives qui pourraient prendre le dessus et remettre en cause la pérennité d’une prairie temporaire installée pour cinq à six ans. Le bon équilibre pour améliorer le rendement de la première coupe, sans envahir le mélange, se situe entre 1 à 2 kg/ha de semences pour chacune. Cela fonctionne bien les deux premières années, mais ne perdure pas tout au long de la vie de la prairie (sauf pour le trèfle violet qui peut se ressemer). Dès lors, l’autre solution est de cultiver ces espèces de courte durée séparément dans les terres labourables les plus portantes de l’exploitation. Des couverts associant du trèfle violet ou incarnat avec des ray-grass italien, ray-grass hybride ou des céréales de type seigle ou triticale. Mis en place à l’automne, ces couverts offrent un démarrage rapide en végétation en sortie d’hiver pour une utilisation précoce soit au pâturage, soit pour faire du stock en prévision de l’été, sous forme d’ensilage ou d’enrubannage.

Imprimer Envoyer par mail Commenter
Commenter cet article 0 commentaires
Cet article est paru dans L'Éleveur Laitier
En direct
Afficher toutes les actualités

Dans la même rubrique

Sélectionné pour vous

Le vêlage : Complications du vêlage, maladies des nouveaux-nés et colostrum

29€

En réassort

AJOUTER AU PANIER

Maladies parasitaires du mouton 4ème edition

29€

Disponible

AJOUTER AU PANIER

Le bovin malade et sa prise en charge

29€

Disponible

AJOUTER AU PANIER