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Dossier. Le géobiologue, un allié pour sortir de l’impasse

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Les courants parasites sont responsables de mammites, d’une difficulté à entrer dans la salle de traite, d’une mauvaise fréquentation des logettes, etc. Si les trois quarts des problèmes sont d’ordre électrique, le sous-sol est aussi à l’origine de nuisances.

Un courant électrique n’a qu’un seul objectif : celui de rejoindre le sol en empruntant le chemin qui offre le moins de résistance électrique. Si, sur ce chemin, il rentre en contact avec l’animal, cela peut mener l’élevage jusqu’à des arrêts de collecte à cause de taux cellulaires très élevés, ou mettre l’éleveur en grande difficulté financière à force de soigner...
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Un courant électrique n’a qu’un seul objectif : celui de rejoindre le sol en empruntant le chemin qui offre le moins de résistance électrique. Si, sur ce chemin, il rentre en contact avec l’animal, cela peut mener l’élevage jusqu’à des arrêts de collecte à cause de taux cellulaires très élevés, ou mettre l’éleveur en grande difficulté financière à force de soigner des mammites à répétition. Les courants parasites peuvent même conduire à la mort de bovins. C’est ce qui est suspecté en Bretagne. Des courants en provenance d’éoliennes et d’installations photovoltaïques auraient entraîné la mort de centaines de bovins. Une enquête, commandée par la préfecture de Loire-Atlantique, devrait rendre ses conclusions ce début juin. Les géobiologues Stéphane Demée et Luc Leroy y participent.

Le géobiologue partenaire

Stéphane Demée est électricien de formation. Il exerce son activité depuis quinze ans en Bretagne. « Les trois quarts des problèmes rencontrés sont d’ordre purement électrique, constate-t-il. Une exploitation laitière n’est pas un site industriel où tout est “au carré”. Elle est faite de rajouts. L’ambiance humide des bâtiments, les courants d’air qui les traversent, les différences de température subies entre l’hiver et l’été, etc. agressent les installations électriques. Il est impossible d’identifier tous les courants électriques parasites. L’essentiel est de repérer ceux en contact avec les animaux. »

Inutile pour cela de compter sur ses sensations d’éleveur. L’humain a une résistance au passage du courant électrique quatre fois plus élevée que la vache : 2 000 ohms contre 500. La détection ne peut donc se faire qu’avec des appareils de mesures électriques fines (pince ampèremétrique, mégohmmètre, etc.). « Prosantel, le collectif de vingt géobiologues auquel j’appartiens, a établi un protocole précis de diagnostic qui permet, étape par étape, d’éliminer toutes les sources éventuelles de fuites électriques. Avant d’envisager une origine géobiologique, nous vérifions l’intégralité de l’installation électrique. C’est un travail minutieux. » Les erreurs les plus courantes sont une mauvaise installation du poste de clôtures électriques et une armoire électrique défectueuse.

Prise de terre : une résistance électrique plus faible que les masses métalliques

Une prise de terre électrique efficace est indispensable à la prévention des courants parasites. Elle est le point de convergence d’une architecture reliant toutes les masses métalliques et l’armoire électrique à la terre. Elle garantit une bonne convergence des courants vers le sol et ainsi, la sécurité humaine et animale.

C’est encore plus vrai dans un élevage laitier. La stalle de salle de traite, les logettes, les cornadis et les racleurs sont autant de sorties possibles. « Ces différentes masses métalliques, une pompe immergée, etc. peuvent malheureusement jouer le rôle de prise de terre. Si leur résistance électrique est plus faible que la vraie prise de terre, le courant de fuite transitera par elles. Il privilégie en effet la valeur de résistance la plus basse avant de rejoindre la terre de neutre Énedis (ex-ERDF) », explique Stéphane Demée. La règle est une seule prise de terre pour tout le bâtiment d’élevage. Si l’exploitation en compte d’autres, elles doivent être espacées d’au moins 20 mètres.

Et le géobiologue d’expliquer : « Deux prises de terre voisines ne sont pas indépendantes. Lorsque l’une évacue un courant, l’autre monte en potentiel électrique. Il faut donc les espacer. À moins de 20 mètres, on crée une zone d’influence électrique avec laquelle les vaches sont en contact. »

Comment fabriquer une prise de terre

Le premier travail du géobiologue est de s’assurer que la prise de terre est efficace. Pour cela, il mesure sa valeur ohmique (résistance électrique) et celle des masses métalliques en contact avec le sol. « Le conseil que l’on entend souvent est une valeur de 18 ohms. Seulement, si la valeur ohmique de la salle de traite est inférieure, le courant se dirigera vers elle. »

Obtenir une valeur de prise de terre en adéquation avec l’exploitation est tout un art.

Ce qu’il ne faut pas faire.

Utiliser quelques piquets métalliques de terre et une petite longueur de câble enterré.

Enterrer le cuivre dans une tranchée peu profonde. L’assèchement du sol augmentera la résistance de la prise de terre.

Un bâtiment en sandwich entre la prise de terre de l’exploitation et la terre de neutre d’Énedis. Le transit du courant de la première vers la seconde s’en trouve perturbé.

Ce qu’il faut faire, en trois étapes.

L’implantation. Stéphane Demée choisit une implantation dénuée de nuisances telluriques liées à la géobiologie du sol. Cette démarche est valable aussi en amont, pour l’emplacement d’un bâtiment lorsque l’éleveur a un projet de construction.

Autre recommandation : la prise de terre est éloignée de toute autre prise de terre (terre de clôture, terre de neutre Enedis, terre d’un autre bâtiment).

Un trou de deux mètres de profondeur. Le géobiologue conseille un trou profond de 2 m et large de 1,50 m pour protéger la prise de terre des variations climatiques. Y sont enterrés des piquets aux normes « électrodes de terre » achetés dans le commerce (de préférence en cuivre). Il sont reliés à un fil de cuivre nu de 25 mm² de section. « Avant de rejoindre le bâtiment, sur les 20 à 25 mètres enterrés, le fil fait des zigzags pour assurer le maximum de contact entre le cuivre et la terre. Pour que cette dernière soit conductrice, elle doit être végétale. Ce n’est donc ni du remblai ni du sable », explique Stéphane Demée. C’est que la terre a un potentiel électrique. Le géobiologue détermine donc une valeur de résistance de la prise de la terre en fonction de celle du sol. La première doit être supérieure à la seconde (mais inférieure à celle des masses métalliques du bâtiment).

Arroser en période sèche. La conductivité du sol peut varier en saison sèche. Il est parfois nécessaire d’arroser la prise de terre. «  A cause des déjections animales et des nettoyages quotidiens, le bâtiment devient plus humide et donc plus conducteur. » Les courants vagabonds s’évacuent alors par l’intérieur de la construction, et non plus en dehors. Pour éviter ce phénomène, dans le trou de 2 mètres, il recommande de poser un tuyau de 10 centimètres de diamètre qui, de la prise de terre, remonte à la surface. Par temps sec, on y fait couler de l’eau pour humidifier la terre. C’est ce que fait Michel Lebacle, à Goven. « L’été, la petite recrudescence des mammites est un indicateur. Je mets de l’eau dans le tuyau et les choses rentrent dans l’ordre », dit-il.

Les masses métalliques au même potentiel électrique

Le deuxième travail du géobiologue est de s’assurer que toutes les masses métalliques sont au même potentiel électrique. Dans le cas contraire, à leur contact, un courant peut s’établir et traversera la vache ( voir infographie page précédente). « Pour éviter ces différences de potentiel, il est obligatoire de connecter tous les éléments métalliques du bâtiment (logettes, cornadis, salle de traite, etc.) à la prise de terre électrique. Le conducteur qui les relie est appelé “liaison équipotentielle”. » La première étape consiste à relier les différentes parties de chaque bloc par des fils de cuivre de couleur normalisée verte et jaune. Ils se rejoignent ensuite sur un « vert-jaune » de 16 mm². La règle est que, de chaque bloc métallique, parte un « vert-jaune » de 16 mm².

Ce qu’il faut faire. Toutes les lignes de « vert-jaune » de 16 mm² rejoignent une barrette de cuivre. Chacune est montée en parallèle des autres. L’idéal est de mentionner sur la barrette à quels blocs métalliques correspondent les arrivées de ligne « C’est ce que l’on fait sur les nourrices de canalisations d’eau. Pourquoi pas là aussi ? On peut ainsi facilement les identifier et les tester pour détecter ou non la présence d’un courant vagabond. » En aval de la barrette de cuivre part un « vert-jaune » de 25 mm² vers la prise de terre.

Ce qu’il ne faut pas faire. Interconnecter les grands blocs de masses métalliques en série. Par exemple, le « vert-jaune » de la salle de traite fixé sur les logettes, le « vert-jaune » des logettes lui-même fixé sur les cornadis, etc. « Un tel montage empêche de repérer la présence d’un courant vagabond. » Une fois l’installation électrique en conformité, si les problèmes de cellules, de mammites, d’entrée dans la salle de traite ou du robot, de fréquentation de logettes, de refus de fourrages aux cornadis, de faible consommation d’eau, etc. perdurent, le géobiologue recherche les nuisances telluriques.

Anomalies telluriques : brider le sol

En provenance du sous-sol, ces nuisances peuvent affecter le ou les bâtiments. « Il s’agit de phénomènes naturels à risque qui se produisent plus fréquemment dans les régions à sous-sol magmatiques et métamorphiques. Des Deux-Sèvres au bessin virois (Calvados), le Grand Ouest est donc particulièrement exposé », pointe Stéphane Demée.

Concrètement, de quoi parle-t-on ?

Failles d’eau souterraines ou sèches. Les sous-sols magmatiques et métamorphiques, qui ne sont pas homogènes, véhiculent les informations électriques et vibratoires par des failles d’eau souterraines et des failles sèches.

Réseaux géophysiques. Ces sous-sols sont également sensibles aux réseaux géophysiques. Ces derniers remontent l’énergie du centre de la Terre et forment une trame que l’on peut comparer aux mailles d’un filet. « Les géobiologues surveillent particulièrement les réseaux Hartmann et Curry dont le maillage est plus serré que les autres. Ils ne sont pas néfastes en soi. C’est la superposition des réseaux géophysiques et des failles qui crée un problème », explique Stéphane Demée. Elle modifie le champ magnétique terrestre à l’endroit concerné. « On ressent cette nuisance tellurique aux baguettes. Spontanément, les animaux s’en écartent mais en élevage contentionné, ils ne peuvent pas. Leur organisme se dégrade. » Si à cette superposition tellurique s’ajoutent le bâtiment et ses masses métalliques, le problème s’amplifie.

L’acupuncture pour neutraliser les perturbations

Une fois la, ou les, failles repérées, les réseaux identifiés, il est primordial d’organiser l’implantation des prises de terre en fonction du sous-sol, avec une règle : aucune prise de terre ne doit être à l’aplomb d’une zone de faille. « Chaque géobiologue a sa méthode », confie Stéphane Demée. Lui utilise l’acupuncture de sol pour atténuer l’influence de la zone de faille ou modifier le champ ambiant du réseau géophysique. Il pose des plots de béton dit « informé ». Il plante dans le sol des tubes ou des aiguilles de 50 cm en forme de champignon aux endroits qu’il a jugés stratégiques grâce à ses baguettes. C’est-à-dire au croisement des deux réseaux Hartmann et Curry, à la superposition de la faille et des deux réseaux, ou encore dans le nœud du réseau concerné. Dans le même but, d’autres utilisent des galettes de silice contenant une empreinte électromagnétique qui contrecarre la nuisance tellurique. « Longtemps ignorée, la géobiologie se développe, se réjouit Stéphane Demée. Nous sommes souvent appelés en dernier recours. C’est dommage. Nous rencontrons des éleveurs qui sont très éprouvés aux plans financier et psychologique. Ils sont jugés mauvais éleveurs alors que leurs pratiques ne sont pas en cause. »

Luc Leroy et Stéphane Demée sont géobiologues dans le Grand Ouest. Avant de détecter d’éventuelles nuisances telluriques, ils contrôlent toute l’installation électrique et proposent les mises en conformité nécessaires. De leur expérience d’une quinzaine d’années, ils ont tiré un livre qui sera publié mi-juillet aux Éditions France Agricole dans la collection TerrAgora. © c.hue
Risque majeur en salle de traite C’est là que l’animal est le plus en contact avec des masses métalliques. Parmi les priorités, il faut mettre au même potentiel électrique la rive du quai, le lactoduc, la lice arrière et le sinus avant en les reliant par des fils de cuivre normalisés de couleur verte et jaune. Cette liaison équipotentielle doit être d’une valeur inférieure à 2 ohms. © c.h.
Lignes équipotentielles identifiées. De chaque bloc métallique sort un « vert-jaune » qui rejoint une barrette de cuivre. L’idéal est d’inscrire sur chaque arrivée de ligne le bloc correspondant. Cela facilitera les contrôles ultérieurs.
Clôture et armoire électriques : les deux erreurs les plus fréquentes

Dans leur livre Géobiologie : le guide (très) pratique, Stéphane Demée et Luc Leroy apportent des conseils pour éviter ces premières causes de courants parasites.

Clôture électrique

Poste mal installé. Dans une étable ou près de la salle de traite, il expose les bovins à un champ électrique. Si le bâtiment est en sandwich entre lui et les prairies, le courant de retour risque de se diriger vers les tubulures du bâtiment et le ferraillage des bétons.

Leurs conseils Ne pas l’installer près du système de traite ou de canalisations d’eau. Le poser dans un bâtiment sans animaux ou dehors avec une protection adaptée à la pluie. Éviter le bâtiment en sandwich, si besoin par deux postes indépendants de part et d’autre du bâtiment. Utiliser des câbles électriques pouvant supporter jusqu’à 20 000 volts.

Prise de terre mal positionnée et conçue. À moins de 20 mètres de la prise de terre du bâtiment, les deux prises de terre ne sont pas indépendantes. Une zone d’influence électrique se crée avec laquelle les bovins sont en contact. Les doigts de fourche ou les fers à béton ne sont pas adaptés pour capter le courant électrique.

Leurs conseils Planter des piquets en acier galvanisé à plus de 20 mètres de la prise de terre du bâtiment. Laisser apparente leur tête pour mesurer les tensions de retour (inférieure à 200 volts dans le dernier piquet). La hauteur du piquet définit la distance qui les sépare. Les implanter dans un sol conducteur (limon ou argile) et en dehors d’un passage d’eau, d’une faille ou d’un réseau géobiologique.

Usage quotidien. L’herbe haute et humide conduit le courant électrique de la clôture vers le sol. Il revient aux piquets de terre mais on ne maîtrise pas le chemin qu’il emprunte. Même scénario pour une poignée de clôture par terre par inadvertance.

Leurs conseils Faucher pour éviter les contacts avec la végétation et bien sûr vigilance quotidienne.

Armoire électriqueLes connexions électriques ont tendance à se desserrer. Le cuivre est un métal mou qui se contracte ou se dilate selon le passage de courant et les variations de température saisonnières.

Leurs conseils Révision annuelle d’une armoire correctement montée par un professionnel. Une fois disjonctée, on peut soi-même tourner d’un quart ou d’un demi-tour les connecteurs.
2 questions à…
« Les éleveurs que nous rencontrons sont bien souvent au bout du rouleau » 2 questions à… Stéphane demée, géobiologue

Quand faut-il faire appel à un géobiologue ?

Stéphane Demée : Dès l’apparition de problèmes de comportement des animaux ou de flambée de cellules et mammites incompréhensibles. Bien souvent, nous sommes le dernier recours. Les éleveurs sont au bout du rouleau. Aux soucis financiers s’ajoute la perte de confiance en eux. J’ai vu des intervenants extérieurs leur parler de façon méprisante alors que leurs pratiques n’étaient pas du tout en cause.

Comment choisit-on un géobiologue ?

S.D. : dans 70 % des cas, les courants parasites proviennent d’une installation défectueuse. Il faut qu’il ait des compétences en électricité et qu’il connaisse le monde de l’élevage. Son intervention ne se résume donc pas à une ou deux visites. Le collectif Prosantel, auquel j’adhère, la conçoit comme un accompagnement jusqu’à la résolution du problème.

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