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Dossier. Les leviers à actionner pour réduire les coûts

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. La bonne gestion de la prairie naturelle permet de maîtriser les coûts d’élevage, tout en assurant des niveaux de croissance suffisants en vue de vêlages précoces. © SEBASTIEN CHAMPION

Une dérive du coût de renouvellement est observée sur le terrain.

L’analyse des données technico-économiques de 867 élevages bretons (Côtes-d’Armor, Finistère et Morbihan) permet à BCEL Ouest et Xpertia d’identifier et de classer les différents critères qui ont un impact direct sur l’EBE.
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L’analyse des données technico-économiques de 867 élevages bretons (Côtes-d’Armor, Finistère et Morbihan) permet à BCEL Ouest et Xpertia d’identifier et de classer les différents critères qui ont un impact direct sur l’EBE.

Dans le cadre de ce suivi, les résultats de la campagne 2016-2017 mettent d’abord en lumière un écart d’EBE issu de l’atelier lait de 68 €/1 000 litres entre le quart supérieur et le quart inférieur des exploitations étudiées.

« Par ordre d’importance, le premier critère qui explique cet écart porte sur le coût d’alimentation, suivi de la productivité laitière ou lait produit/UTH, puis du coût de renouvellement, indique Paul-Gilles Possémé, responsable stratégie au sein des deux structures de conseil­. Souvent sous-estimée car diluée dans les charges globales d’exploitation, la conduite du renouvellement offre pourtant des marges de progrès faciles à mettre en œuvre. »

« Viser quatre lactations pour rentabiliser le coût d’élevage »

Dans ces exploitations suivies par BCEL Ouest et Xpertia, le renouvellement représente un coût moyen de 22 €/1 000 litres, 17 € pour le quart des éleveurs les plus économes, contre 28 € pour les plus dépensiers. Concrètement, ce critère mesure la différence entre le prix de revient des génisses qui intègrent le troupeau et le prix moyen des vaches qui sortent de l’exploitation. « Selon la destination des réformes, boucherie ou élevage, l’impact économique est évidemment sensible », rappelle Paul-Gilles Possémé qui propose un rapide calcul : prix de revient moyen d’une génisse de 1300 € – prix de vente d’une réforme à la boucherie de 800 € = 500 €. Ce différentiel correspond à la somme qui devra être amortie à travers la lactation de la génisse entrante. D’où l’intérêt d’une carrière longue. En effet, le coût d’élevage d’un animal faisant quatre lactations de 8 000 litres, soit 32 000 litres, représente environ 15 €/1 000 l de lait livré (500 €/32 000 l). Celui d’une génisse faisant une seule lactation à 7 000 litres est de 71 € (500 €/7 000 l). « Pour rentabiliser le coût d’élevage, il faut viser quatre lactations, ce qui correspond en régime de croisière à un taux de réforme boucherie de 25 % en moyenne sur plusieurs années. » Dans les faits, le nombre de lactations dans les trois départements bretons est de 3,3 et le taux de renouvellement de 33,2 %. En Nord-Picardie, la moyenne des adhérents d’Avenir Conseil Élevage (ACE) est seulement de 2,3 lactations et le taux de renouvellement de 35 %.

Une situation subieà cause des semences sexées

« Souvent, le coût du renouvellement est pénalisé par le grand nombre de génisses présentes en raison d’un recours excessif aux semences sexées », observe Laurent Hédon, conseiller ACE spécialiste de la qualité du lait. Un constat partagé par Claude Joly, vétérinaire dans le Pas-de-Calais qui nous alertait dès l’hiver dernier : « Dans de nombreuses situations, j’observe des éleveurs qui conservent trop de génisses, sans bien mesurer le surcoût que cela implique, ni la surcharge de travail qui pénalise forcément le temps dédié à la surveillance. Parfois, les motifs de réforme sont fallacieux : j’ai beaucoup de génisses, alors j’élimine des vaches. »

Pour sensibiliser à cette question de la rentabilité de la phase d’élevage, le praticien propose des arguments comme la notion de lait manquant pour renouvellement excessif (voir encadré).

En Bretagne, avec un coût d’élevage moyen par génisse de 1 295 € et un temps de travail de 18 heures, la rentabilité de vendre des génisses prêtes à vêler dans une conjoncture où elles se négocient autour de 1 100 € doit interroger. L’argument qui consiste à dire : « Mon bâtiment est amorti, alors je peux garder beaucoup d’élèves » ne tient pas, puisque le logement ne pèse que 100 € en moyenne dans le coût d’élevage (voir tableau ci-dessous).

Trois leviers à activer

Pour agir sur le coût du renouvellement, trois leviers peuvent être activés : l’âge au vêlage, le prix de revient d’une génisse et le taux de réforme.

1. Réduire l’âge au vêlage

C’est un facteur discriminant important qui permet de réduire la période improductive de la carrière d’un animal. « Pour un troupeau de 60 vaches, gagner deux mois d’âge au premier vêlage se traduit par une économie de plus de 2 000 € », indique Paul-Gilles Possémé.

À l’instar des élevages spécialisés d’Europe du Nord, il s’agit de mettre en œuvre des vêlages précoces à 24 mois. Dans la zone BCEL Ouest, la moyenne pour la race holstein­ est de 28,02 mois.

2. Maîtriser le coût de revient d’élevage des génisses

Le premier poste de dépenses en la matière est le coût alimentaire (voir tableau ci-contre). « Les écarts observés sur le terrain sont souvent liés au maintien ou non du pâturage », rappelle Johann Cariou, responsable technique nutrition et génisses à BCEL Ouest. On visera donc une croissance soutenue (900 g de GMQ) pour atteindre 30 % du poids adulte à 6 mois, soit entre 190 et 220 kg. Après 6 mois, il faudra rationner le maïs pour éviter les dépôts adipeux, en visant des rations entre 13 et 15 % de MAT et entre 0,73 et 0,89 UFL/kg MS.

La phase lactée représente un investissement incompressible qui vise à répondre aux besoins physiologiques du veau en vue de prévenir les pathologies à l’origine de retards de croissance. À ce titre, les aliments d’allaitement sans poudre de lait sont décriés. Le GDS 76 recommande, par exemple, des aliments contenant au moins 40 % de poudre de lait écrémé.

Concernant le sevrage, Julien Jurquet, spécialiste des génisses à l’Institut de l’élevage, rappelle un élément fondamental : « Au sevrage, le veau doit consommer au moins 2 kg de concentré, l’équivalent de 8 l de lait entier en matière d’apport énergétique. Le concentré­ fermier fonctionne bien, à condition de le renouveler tous les jours et de ne pas oublier le complément minéral. » Le sel est aussi indispensable pour stimuler l’ingestion.

En post-sevrage, jusqu’à 6 mois, la ration sèche est plus coûteuse que le maïs ensilage (257 € contre 187 €). Elle est aussi plus stable et favorise un meilleur développement du rumen. « Lorsque c’est possible, il y a un intérêt économique à sortir le plus tôt possible, dès 4 mois en période estivale avec une complémentation au pré, des minéraux et du sel », explique Johann Cariou. Cette étape fait partie de l’apprentissage du pâturage. Elle permet de développer l’immunité parasitaire, mais aussi de miser sur une ration moins concentrée le premier hiver (500 g de PDI au lieu de 800 g), de type enrubannage et foin, sachant que l’on pourra compter sur la croissance compensatrice en deuxième année de pâturage : « Entre 6 et 24 mois, la bonne gestion des prairies naturelles assure, à moindre coût, des niveaux de croissance suffisants en vue de programmer des vêlages à 24 mois. » Dans les systèmes de zéro pâturage, il faut impérativement rationner le maïs ensilage à 1 kg de MS pour 100 kg de poids vif. Dans la pratique, cela revient à limiter le temps d’ingestion de une heure à une heure et demie à l’auge, de 9 mois au vêlage.

3. Ajuster le renouvellement à ses besoins de réformes

Si un renouvellement de 25 % n’est pas suffisant pour corriger une situation sanitaire dégradée, il faut mettre en place un plan d’actions pour agir sur les causes du problème. Le premier d’entre eux porte sur la reproduction suivie des leucocytes. Face à ce problème majeur, ACE propose d’aborder la dynamique cellulaire du troupeau qui permet de détecter les points sur lesquels il faut intervenir en priorité pour obtenir une évolution favorable de la situation cellulaire. «  Dans la plupart des situations où la qualité du lait est perfectible, on retrouve de la contagion entre les vaches qui entraîne la réforme des animaux infectés car impossibles à soigner » , explique Laurent Hédon.  Encore faut-il que les génisses entrantes ne soient pas déjà infectées. Une étude ACE de trois ans, portant sur 700 génisses, révèle que 38 % des primipares sont infectées au premier comptage (> 100 000 cellules). Des infections souvent associées à de mauvaises conditions de logement : avec l’accroissement des troupeaux, le manque de places est particulièrement pointé du doigt. Dans un contexte d’outils saturé, la délégation d’élevage des génisses apparaît comme une solution techniquement viable (voir tableau ci-dessus), permettant de réduire le temps de travail et les risques sanitaires liés à une forte concentration animale.

Jérôme Pezon
Coût d’élevage d’une génisse : 1 295 €
En euros ¼ Dépensier Moyenne ¼ Économe
Prix de cession du veau 100 € 100 € 100 €
Coût alimentaire 500 € 400 € 300 €
Frais d’élevage 170 € 150 € 130 €
Charges opérationnelles 770 € 650 € 530 €
Frais de mécanisation 300 € 250 € 200 €
Bâtiment 120 € 100 € 80 €
Foncier 100 € 80 € 60 €
MSA, charges salariales 160 € 120 € 90 €
Frais divers 120 € 95 € 70 €
Charges de structure 800 € 645 € 500 €
Total 1 570 € 1 295 € 1 030 €
Source : BCEL Ouest, Xpertia 2016-2017
Délégation : pas d’inquiétude sur les performances
Production laitière par VL/j Âge au vêlage 1er contrôle 3e contrôle
Génisses laitières déléguées 24 mois 25,9 kg 24,4 kg
Génisses laitières non déléguées 30 mois 24 kg 23,4 kg
Source : Eilyps, délègGénisse (35). Résultats 2015-2017
©
Une mise à l’herbe précoce fait partie de l’apprentissage qui permet de miser sur la croissance compensatrice en deuxième année de pâturage. © Claudius Thiriet
L’avis de…
« La rentabilité des génisses prêtes à vêler n’est pas toujours au rendez-vous » L’avis de… Paul-Gilles Possémé, conseiller BCEL Ouest et Xpertia

« La rentabilité de vendre des génisses prêtes à vêler est loin d’être toujours au rendez-vous, au regard d’un prix de revient de 1 295 €. Pour obtenir le même gain qu’avec un veau issu de croisement industriel (+ 200 € par rapport à un veau holstein), il faut s’assurer d’un prix de vente des génisses d’au moins 1 500 €.

C’est possible sur certains marchés très porteurs, comme celui de la génisse jersiaise qui se négocie autour de 1 600 €. Mais ce n’est pas le cas pour toutes les races. Sinon, il faut être capable de se démarquer en proposant des animaux de très bon niveau génétique.

Dans l’état actuel du marché, la stratégie la plus cohérente consiste à utiliser des semences sexées sur les meilleures souches pour assurer un renouvellement ajusté à ses besoins. Sur le reste du troupeau, on aura recours au croisement industriel pour vendre des veaux, ou du bœuf lorsque l’on peut valoriser­ des surfaces en herbe. Cela permet de compenser le surcoût des doses sexées par une meilleure valorisation de la viande.

En régime de croisière, le taux de réforme boucherie optimum est de 25 %.

Pour les besoins d’agrandissement, il est possible d’anticiper en prévoyant 35 ou 40 % de renouvellement interne.

Cela a un coût : par exemple, 10 % de renouvellement­ en plus pour un troupeau de 100 vaches x 1 300 € (coût d’élevage) = 13 000 € de besoins de trésorerie. Dans cette situation, il est préférable de rencontrer son banquier en amont pour financer l’augmentation de cheptel. »

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