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Dossier. Faire les bons choix aux bons endroits

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Béton plein, tapis, caillebotis, ou quelque chose de plus innovant ? Une première évaluation apporte des éléments de réponses sur ce qui convient au bien-être et à la santé des animaux. Dossier réalisé par Dominique Grémy

Quel type de sol pour les aires d’exercice dans les bâtiments destinés aux vaches laitières ? Voilà une préoccupation devenue importante pour les éleveurs dans un contexte de troupeaux qui s’agrandissent, d’une augmentation du temps de présence dans le bâtiment, avec le choix de plus en plus fréquent d’un système logettes-lisier. Comment, dans ces conditions, prévenir la glissance des sols, assurer...
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Quel type de sol pour les aires d’exercice dans les bâtiments destinés aux vaches laitières ? Voilà une préoccupation devenue importante pour les éleveurs dans un contexte de troupeaux qui s’agrandissent, d’une augmentation du temps de présence dans le bâtiment, avec le choix de plus en plus fréquent d’un système logettes-lisier. Comment, dans ces conditions, prévenir la glissance des sols, assurer la santé et la propreté des pieds et une usure équilibrée des onglons, avec une solution durable et à un coût raisonnable ? Un projet d’évaluation baptisé SOLVL (1) a débuté en 2014 et se termine en 2017. Il a comparé les différents types de sol présents sur le terrain, mais aussi évalué des solutions innovantes.

Le béton hyperdominant

Une enquête auprès de 645 élevages en logettes montre que le béton est bien le matériau dominant des aires d’exercices (voir infographie p. 32). Il est rendu antidérapant selon différentes techniques.

Sur béton frais, il en existe plusieurs : le bouchardage (empreintes en losanges ou en rainures réalisées avec différents outils sur béton frais) qui, s’il est mis en place de manière professionnelle, peut durer plus de dix ans ; le grattage (avec un balai) qui permet de retarder d’environ une année une intervention mécanique ultérieure ; le béton désactivé, un produit limitant la prise en surface et permettant de faire apparaître le granulat pour obtenir une surface antidérapante, qui est beaucoup plus rare et pour lequel il y a peu de recul.

Pour des interventions après durcissement du béton, la technique la plus connue est le rainurage mécanique, le plus souvent au moins un an après la confection. La scarification est plus rare en première intervention mécanique, souvent pratiquée sur des bétons rainurés devenus glissants.

La solution béton est aussi la moins coûteuse (30 à 40 €/m² HT). En deuxième choix viennent les caillebotis standards, mais ils peuvent être aussi rainurés. La fourchette de coût est très large pour ce type de sol (50 à 130 €/m²). Les tapis pleins représentent à peine 7 % des sols. Leur coût demeure assez élevé (50 à 80 €/m²) et ils réclament un sous-sol résistant en béton. L’asphalte est encore plus rare dans nos étables. C’est un mélange de liant bitumeux et de granulats. Il est coulé à chaud (180 à 200 °C) et taloché à la main. Son coût : entre 35 et 40 €/m² mais au préalable, il faut aussi une chape solide ou un béton usagé. À ne pas confondre avec l’enrobé qui, trop fragile et trop abrasif, n’est pas adapté aux sols des stabulations.

L’enquête a révélé aussi que 11 % des élevages disposent de sols mixtes différents selon les couloirs : majoritairement, ils associent caillebotis et béton, puis béton avec tapis, mais il existe une grande diversité d’associations. On peut remarquer que ces sols mixtes sont plus récents et davantage présents dans les grands troupeaux. En combinant par exemple sol dur et sol souple, ils ont des effets complémentaires qui pourraient être positifs sur la santé du pied.

Des solutions pratiques

Face à la multiplicité des solutions proposées aux éleveurs et à la diversité des coûts, les auteurs de l’étude SOLVL avancent quelques propositions. D’abord, réserver les solutions les plus coûteuses aux systèmes d’élevage avec peu ou pas de pâturage. Dans le bâtiment, on peut aussi cibler les sols « confortables » dans les zones d’alimentation et dans l’aire d’attente, et ainsi combiner deux types de sol.

Si la solution du béton reste la plus abordable, deux précautions permettront d’améliorer sa longévité. D’abord un bouchardage (empreinte sur béton frais au moment de sa conception). Cela a pour effet de retarder le plus possible une intervention mécanique. « À condition que ce bouchardage soit réalisé de manière professionnelle : sur un béton particulier, si possible taloché manuellement, au bon moment, sans déstructurer le béton et sans l’apparition de granulats, et avec des empreintes homogènes et suffisamment profondes », précise Dominique Guerault, de la Sica de maçonnerie des Coëvrons (voir page 36).

Évacuer les liquides le plus rapidement possible

L’idéal serait aussi de réaliser des aires d’exercice présentant deux pentes transversales pour une évacuation rapide des liquides au centre de l’allée par un canal incorporé. Cette conception d’un genre nouveau en France assèche plus rapidement le sol avec un effet positif sur la santé des pieds, les boiteries (voir encadré), mais aussi la propreté des animaux et l’hygiène de la traite. Autre intérêt : l’évacuation plus rapide des urines vers la fosse limite les émissions gazeuses ammoniacales en bâtiment. La recommandation est de créer deux pentes transversales de 2,5 à 3 % et une pente longitudinale de 1 à 2 %. « Ces pentes transversales évitent l’apparition des flaques, si fréquentes dans les aires d’exercice. Avec un lisier moins liquide, le raclage est aussi plus efficace. Ces sols en pentes transversales rendent nécessaire un racleur adapté pour éviter l’encombrement des déjections dans la partie centrale du couloir. Un rainurage ou un bouchardage en “arêtes de poisson” favoriseront aussi l’écoulement des liquides », précise Jean-Luc Ménard, de l’Idele.

Dominique Grémy

(1) Projet financé par le ministère de l’Agriculture (fonds Casdar) avec l’appui de l’UMT « Maîtrise de la santé des troupeaux bovins » et du RMT « Bâtiments d’élevage ».

Alerte Des sols souvent mal raclés

Les enquêtes de l’étude SOLVL montrent que beaucoup de sols pleins sont mal raclés. La fréquence de raclage oscille entre deux et six fois par jour, alors qu’il faudrait un raclage toutes les deux heures en conduite lisier. L’entretien du racleur et son nettoyage ne doivent pas être négligés. D’après les recommandations en Suisse, afin d’éviter le stress des animaux et améliorer l’efficacité du raclage, la vitesse ne doit pas dépasser 4 m/min tout en offrant aux animaux des possibilités d’esquive : de la place, pas de voie sans issue, racleur étroit, etc. Coupler des brosses au racleur pour évacuer le lisier qui stagne dans les rainures des bétons est aussi une solution pertinente pour obtenir un sol moins humide, réservoir de germes responsables des boiteries. Vermot Rainurage propose une solution clés en main avec le Bross’Kit (voir LEL 254, janvier 2017). L’entreprise Bioret avec son tapis Magellan comportant des rainures associé à un racleur équipé de peignes en caoutchouc, assure aussi une bonne évacuation des liquides pour garder les pieds des vaches au sec.

Des brosses couplées au racleur évacuent les liquides qui stagnent, notamment dans les rainures. © J.-M. Vocoret
Santé des pieds L’impact des sols

L’étude SOLVL a permis d’établir des relations entre le type de sol des aires d’exercice, la santé de l’appareil locomoteur et la propreté des animaux. Sept types de sol ont été retenus dans 87 élevages :

- béton rainuré moins de six mois après la confection ;

- béton rainuré plus d’un an après la confection ;

- béton bouchardé ;

- tapis sur sol plein ;

- caillebotis standards ; - caillebotis rainurés ;

- caillebotis avec tapis ajouré.

Concernant la propreté des pieds, les caillebotis apparaissent les mieux placés. Les sols pleins avec lisier ont une position intermédiaire alors que les pieds les plus sales s’observent sur les sols pleins avec fumier.

Sur les notes de locomotion, les sols avec tapis obtiennent les meilleurs résultats et les bétons pleins les plus médiocres. ­Inversement, la forme des onglons est meilleure sur des surfaces plus abrasives (béton, caillebotis) que sur les tapis.

« Les tapis nécessitent un parage plus fréquent. Pour tous les sols pleins, il faut trouver des solutions d’évacuation des déjections. Les sols mixtes pourraient être la bonne solution. Mais la santé des pieds dépend aussi d’autres facteurs, comme le temps d’attente avant la traite ou devant le robot. Dans notre échantillon, le temps d’attente médian avant la traite était de quatre-vingt-dix minutes pour les dernières vaches, ce qu’il ne faudrait ­surtout pas dépasser », alerte Jean-Luc Ménard (Idele).

Concernant les sols plus innovants, il ressort que des sols ­mixtes, avec tapis sur le couloir d’alimentation et asphalte sur le couloir arrière, combinés à des pentes ­transversales assurent une bonne propreté des pieds, comparé au béton ou au ­caillebotis.

Quant à la locomotion et la qualité des aplombs, le béton désactivé donne de bons résultats, comparé au béton standard. Idem pour la combinaison sol dur sol souple. L’asphalte en sol unique semble aussi donner satisfaction. Les sols 100 % tapis provoquent toujours des anomalies de pousse des onglons.

Sols mixtes. Sur les résultats de locomotion et de qualité des aplombs, les sols mixtes (dur et souple) donnent satisfaction. © Mathieu
© dominique grémy/gfa
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Cet article est paru dans L'Éleveur Laitier
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