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Dossier. Sortir de la surcharge

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Délégation. Les travaux des champs, mais aussi l'élevage des génisses, peuvent être délégués. L’éleveur peut ainsi se consacrer aux laitières avec des bénéfices sur son temps de travail bien sûr, mais aussi sur les performances technico-économiques. © Claudius THIRIET

De l’excès de travail quotidien au burn-out, en passant par le surmenage, l’épuisement, et la dégradation des performances techniques et économiques, il n’y a parfois qu’un pas. Pourtant, des solutions existent pour mieux gérer l’astreinte.

S’il est un terme qui revient souvent dans la bouche des éleveurs laitiers, c’est « débordé ». Avec une astreinte forte et des croissances de troupeau souvent importantes, bon nombre d’éleveurs ont du mal à faire face. Les bras manquent.
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S’il est un terme qui revient souvent dans la bouche des éleveurs laitiers, c’est « débordé ». Avec une astreinte forte et des croissances de troupeau souvent importantes, bon nombre d’éleveurs ont du mal à faire face. Les bras manquent.

Il peut s’agir d’une situation ponctuelle, en période de pointe. Mais certains ont beaucoup trop de travail tous les jours, toute l’année. Au début, l’éleveur a du mal à tout faire. Il consacre tout son temps au travail. Et puis, si la surcharge persiste, si en plus le prix du lait se dégrade, le moral est atteint. Cela peut conduire à un découragement total, au point de ne plus trouver la force de se lever le matin pour traire et soigner ses animaux.

Le poids écrasant de l’astreinte et des crises

Le phénomène est difficile à quantifier. La MSA a recensé 3 500 exploitants agricoles ayant sollicité l’aide au répit en 2017 (voir encadré p. 33). 40 % d’entre eux sont des laitiers. Une surreprésentation qui ne surprend pas Laurent Thomas, directeur des consultants chez Cogedis. « L’astreinte est plus lourde en élevage laitier que dans d’autres productions. Et depuis 2009, les crises se sont succédé. La stabilité du prix du lait appartient au passé et le manque de visibilité crée de l’incertitude et pèse sur le moral. »

Certaines situations exposent davantage au surmenage. Les éleveurs individuels, surtout s’ils n’ont pas ou peu de contact avec l’extérieur, risquent plus que d’autres de se trouver débordés. Le surendettement représente un autre facteur de risque. Les exploitations diversifiées sont plus exposées. Parce que les pointes de travail peuvent être difficilement compatibles. Mais aussi parce qu’elles réclament plus de compétences et rendent plus difficile une complète maîtrise.

Les jeunes agriculteurs sont fréquemment débordés. Ils manquent de recul, surestiment parfois leur capacité de travail, et doivent gérer des troupeaux en croissance, des investissements importants. La charge de travail n’est pas toujours assez appréhendée dans les études avant l’installation. Il n’est pas rare qu’un jeune remplace un couple, ce qui est impossible sans aménagements. Enfin, il y a ceux qui sont en croissance permanente. « C’est quand on arrive “en croisière” que l’on peut gagner de l’argent et optimiser l’organisation du travail », constate Laurent Thomas.

On peut ajouter un manque d’anticipation de la perte d’une main-d’œuvre bénévole. De nombreux agriculteurs retraités donnent un coup de main à leur successeur. Cela réduit souvent l’astreinte de quelques heures par jour. Mais cette aide n’est pas durable et quand elle se réduit ou disparaît, le volume de travail peut devenir insupportable.

Depuis la crise de 2009, le réseau Agri-Sentinelles (encadré p.34) a été créé pour sensibiliser l’ensemble du monde agricole à l’existence de ces difficultés. L’enjeu est de venir en aide à ceux qui en souffrent, ce qui suppose de les identifier. Pas si simple quand certains s’enferment dans leurs problèmes. Mais il existe des signes avant-coureurs qui montrent qu’un éleveur commence à décrocher. Quand les déclarations d’entrées et de sorties d’animaux, par exemple, ne sont plus effectuées à temps, on peut suspecter que quelque chose ne va pas.

Des risques pour la santé et pour l’exploitation

Quand l’éleveur est durablement débordé, les risques sont importants pour lui et pour son élevage. L’excès de travail, le stress et le manque de sommeil mènent à un épuisement physique et moral. La démotivation suit. Quand on travaille dans l’urgence, le nez dans le guidon, on est toujours dans le curatif plus que dans le préventif. Certaines tâches sont bâclées. Les génisses en font souvent les frais. Au niveau de l’élevage, quand on perd la maîtrise parce que l’on n’arrive pas à tout faire, les performances techniques peuvent très vite se dégrader : ration inadaptée, détection tardive des ennuis sanitaires, échecs répétés à la reproduction… Les conséquences économiques de ces dérapages sont importantes. « En deux ans, un élevage peut complètement basculer dans le rouge », constate Laurent Thomas.

Et pourtant, il est possible de s’en sortir (voir les témoignages pages suivantes). C’est difficile d’y parvenir seul. Il faut commencer par admettre que l’on a besoin d’aide. L’idéal est de faire appel à un œil extérieur pour poser le diagnostic. Tout mettre sur la table pour identifier les problèmes et réfléchir à des solutions. À titre d’exemple, Xpertia propose la démarche Écodéfi qui s’appuie sur une rencontre entre l’éleveur, un expert gestion et un expert système afin d’analyser les résultats techniques et économiques. De là naît un plan d’actions avec des objectifs fixés par l’éleveur.

Ces diagnostics ne représentent pas forcément une charge financière élevée. Et certaines Régions les subventionnent. En Bretagne, le diagnostic et le suivi Écodéfi coûtent 300 € compte tenu de la participation de la Région et des partenaires financiers. L’aide accordée en Nouvelle-Aquitaine fait baisser la facture à 280 €. Et les solutions ne sont pas non plus forcément coûteuses. Leur mise en œuvre peut même générer des gains qui rendent possible l’acquisition d’outils pour soulager le travail. « Bien souvent, on ne repère pas une solution unique mais une multitude de petites choses qui améliorent le quotidien », précise Laurent Thomas. Cesser d’élever toutes les génisses, réfléchir à des jeux de barrières pour manipuler facilement les animaux, déléguer davantage, aménager des passages d’hommes ou repenser les circuits pour passer moins de temps à se déplacer d’une tâche à une autre…

Oser le diagnostic pour trouver des solutions

Sur quatre-vingt-cinq exploitations ayant réalisé un Écodéfi, la marge moyenne d’amélioration s’élève à 42 €/1 000 litres. Les gains potentiels sont plus élevés sur les grandes exploitations. Ils concernent en majorité les postes alimentation, élevage des génisses et amélioration de la productivité. Un an et demi après, 70 % des élevages ont mis en œuvre les solutions identifiées. Certaines actions demandent un peu de temps, comme le rajeunissement de l’âge au premier vêlage. En moyenne, le gain réel atteint 30 €/1 000 litres. De quoi desserrer la pression financière mais aussi être capable d’investir dans de petits outils qui soulagent l’astreinte : détection des chaleurs, caméra pour surveiller les vêlages…

Ce type de réflexion peut être conduit dans différents cadres, en fonction du contexte local. Dans tous les cas, il faut hiérarchiser les tâches en fonction de leur valeur ajoutée. Ainsi, de nombreuses exploitations se sont déstructurées durant la période des quotas car seule l’acquisition de terres permettait d’augmenter la référence. Les parcelles éloignées génèrent des pertes de temps importantes. Pourquoi ne pas déléguer leur entretien à une ETA ? Ou encore, chercher un accord pour des échanges parcellaires ? Certains­ agriculteurs mettent en place des règles avec leurs fournisseurs pour ne plus être dérangés à tout moment.

L’astreinte de la traite peut aussi être allégée. Supprimer celle du dimanche soir ne pose pas de problème technique et permet de profiter un peu plus de la famille. Se faire remplacer régulièrement pour la traite est une option qui fonctionne, même s’il n’est pas toujours facile de trouver la bonne personne, et de lui accorder sa confiance. Pour que ça marche, il faut aussi prendre le temps d’expliquer et d’écrire toutes les consignes (hygiène de traite, soins…).

L’embauche bute souvent sur une trop faible rentabilité

Le recours au salariat d’une manière plus large ramène au problème de la rentabilité. Il faut compter 15 000 à 30 000 € de charges en plus pour un salarié, en fonction des horaires et des compétences. Lorsque c’est possible, il convient de se former pour bien gérer son salarié. « Nous organisons des formations de ce type, précise Laurent Thomas. Les participants sont le plus souvent des employeurs depuis un ou deux ans et qui se rendent compte de leurs lacunes. »

Il constate que bien souvent en élevage laitier, le salarié effectue les mêmes tâches que les associés. Or, il est plus efficace de le spécialiser sur certains travaux. Trouver le bon salarié suppose aussi de réfléchir aux conditions qui lui donneront envie de rester sur l’élevage. Si le poste est mal défini, si l’exploitation n’est pas accueillante, l’embauche risque de générer plus de stress que de bien-être pour l’éleveur. Les candidats ne sont pas très nombreux. Ils peuvent donc choisir l’employeur le plus sympathique ou l’exploitation la mieux entretenue.

Pascale Le Cann
Apprentis. Une fois formés, les apprentis peuvent donner un bon coup de main. Cette jeunesse peut aussi égayer le quotidien. © Stéphane LEITENBERGER
Équipement. Les outils de suivi de troupeau, détection des chaleurs, surveillance des vêlages par caméra, sont autant de pistes pour sécuriser les résultats technico-économiques tout en allégeant la charge mentale. Leurs alertes évitent de devoir penser à tout. © MARIE FAGGIANO
Laurent Thomas, directeur des consultants chez Cogedis.
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Cet article est paru dans L'Éleveur Laitier
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